Bon, ça suffit maintenant. Je me suis mis en grève afin de montrer mon mécontentement contre le fait de ne pas avoir de chauffage depuis dix jours environ. Si encore on était en été, passe encore mais là, non. Il fait proche de zéro le matin et moi, c’est un appartement avec terrasse que j’ai acheté, il y a un an et demi, pas un igloo. Et le premier qui me chante « igloo, igloo, igloo, il est des nôtres, il a bu son verre comme les au-autres », je lui balance ce qui me passe sous la main sur la gueule. Non mais sans blague, quoi !

Alors, j’ai prévenu le syndic qu’à partir de maintenant, j’allais me mettre en grève pour pouvoir négocier. Je n’ai qu’une seule revendication et, comme toutes les revendications syndicales, elle est parfaitement légitime. Ça ne me coûte rien de dire ça, ça fait un peu bal des faux culs mais tant que je n’aurai pas satisfaction, j’ai tous les droits : faire des compromis, faire la pute, manifester, organiser des réunions, m’infiltrer dans les milieux autorisés et tous tera et tous ces tera. Parce que je ne peux pas tout citer ici.

En même temps, comme dirait Macron, je me demande si de faire la grève enfermé chez moi, sans faire celle de la faim, ni de la soif, ni du sommeil et en allant quand même travailler la nuit et le matin, je ne vois pas très bien qui ça va déranger et quelle portée je vais bien pouvoir espérer. Je ne sais pas trop pourquoi mais j’ai la vague impression que ma grève, telle que je l’ai commencée, elle ne va pas vraiment me servir à grand-chose. Alors, je me suis tâté et j’ai décidé qu’il fallait que je fasse des actions qui marquent les esprits.

Et j’ai trouvé ce qui allait être la réponse miraculeuse à mon problème épineux : je suis allé dans une décharge de pneus, j’en ai pris une douzaine, je les ai rapportés chez moi et je les ai posés au milieu du salon, sur le grand tapis. Et là, j’y ai mis le feu. D’abord à la moitié d’entre eux, seulement six. Pour avoir un peu de stock d’avance si jamais mon mouvement de grève devait durer un peu plus longtemps que prévu. Et voilà, comme ça, d’une pierre deux coups, non seulement ça va me faire connaître mais en plus, ça me donne un peu chaud.

Le problème, c’est que ça pue vachement et que tout est en train de se noircir, dans l’appartement. Et je ne peux pas ouvrir la porte-fenêtre qui donne sur la terrasse, ça va faire entrer du froid. Non, finalement, je crois que brûler des pneus, comme font certains piquets de grève, c’est très con. J’en ai la preuve définitive, aujourd’hui. Aujourd’hui, jour de grève nationale. On ne sait pas trop pourquoi. Et moi, tout ça, c’était pour de rire. Parce que le chauffagiste est venu, il a changé des trucs et ça remarche. Il a vu de quel bois je pouvais me chauffer quand j’étais énervé.