Putain ! (Attention, que les choses soient claires, ce n’est pas du harcèlement…) Qu’est-ce que j’ai froid. Je ne suis pas du genre spécialement frileux et je préfère avoir froid que trop chaud mais là, quand même, 18 degrés, c’est un peu juste. Surtout quand je reste devant l’ordinateur et que seuls mes doigts et mes neurones s’agitent et ne frissonnent pas. L’avantage, quand on a froid, c’est qu’on peut toujours ajouter un ou plusieurs vêtement(s) supplémentaire(s)  mais comme je n’ai pas non plus envie de ressembler au bonhomme Michelin, je ne vais pas mettre plusieurs polaires et plusieurs doudounes les uns par-dessus les autres, histoire de me dire que je me sens bien.

Non, je pense que je vais profiter du fait que j’ai une séance d’hypnose à 14 heures pétantes pour demander au thérapeute de m’aider à avoir plus chaud chez moi, même quand on n’a pas de chauffage. Surtout en hiver. Parce que, en été, vous m’avez compris, hein ?... J’essaie de l’imaginer, tout à l’heure quand il va m’accompagner dans ma transe : « Vous vous laissez guider par le son de ma voix et vous lâchez prise. Vous vous relaxez au maximum et vous vous sentez bien. Vous conservez les yeux fermés jusqu’à la fin, jusqu’à ce que je vous dise que vous pouvez les rouvrir. Et vous avez chaud. Vous vous sentez bien, vous avez chaud… » Et moi, dans ma demi-conscience : « À glagla ! À glagla ! À glagla ! »

Et fonctionnerait quand même car je sais que ça marche, l’hypnose. J’ai déjà été suivi par trois spécialistes pour des séances curatives. Et je sais que quand je vais rentrer chez moi, je vais me sentir tout à fait bien, je n’aurai plus froid et je pourrai alors retirer le polaire et le pull pour ne rester qu’avec un tee-shirt. Et peut-être même que je pourrai retirer mon jeans et me mettre en short et pourquoi pas, carrément, m’imaginer naturiste et évoluer dans l’appartement comme le premier jour de ma naissance. Et quand Valérie va sonner pour nous dire ou nous demander quelque chose (Valérie, c’est la voisine juste à côté) et qu’elle me verra nu comme un ver.

Je l’entends déjà s’écrier : « Mon Dieu ! » Et moi, de lui rétorquer : « Tu peux continuer à m’appeler Stéphane, tu sais. On est entre nous. » Je ne lui présenterai pas d’excuses car je ne vois pas en quoi cela serait offensant pour elle. Et je m’assurerai qu’elle aura bien compris que j’ai simplement vraiment trop chaud et que je n’ai pas trouvé d’autre moyen pour me sentir moins mal. Et qu’en aucun cas, il ne faudrait qu’elle pense que c’est dans le but de lui jouer un mauvais tour à la DSK ou à la je-ne-sais-plus-trop-qui-tellement-ça-se bouscule-au-portillon. J’espère juste qu’elle n’aura pas envie de quitter son mari pour venir s’installer vivre avec moi.

Non pas parce qu’elle me trouverait mieux que Philippe, bien sûr que non, mais tout simplement car elle pourrait espérer que la chaleur que je ressens en moi, ça pourrait être contagieux et elle pourrait donc en bénéficier, à son tour. « Ah mais non, c’est parce que je suis en transe, que j’ai chaud, ni plus, ni moins. Et je ne sais pas combien de temps ça va durer. » En tout cas, il n’y aurait pas un ventilateur dans le coin, je transpire comme ce n’est pas permis, moi. « Maintenant, vous allez vous réveiller de votre état de demi-conscience et revenir à la réalité. » « Docteur, vous n’auriez pas une couverture de survie, soudain, j’ai très, très froid ! »