Je suis un espion et là, alors que j’ai déjà terminé mon travail, à mon boulot, je viens d’enfiler mon costume de super espion, Super Spyman, et je vais observer mes collègues par en-dessous et par au-dessus. Comme ça, j’en saurai un peu plus sur eux et en particulier, s’ils ne sont pas dangereux pour le bien être de notre pays en ce début d’année 2017. Déjà, si je peux nous assurer qu’il n’y a aucun risque jusqu’au 31 décembre, ça sera ça de gagné et même moi, je pourrai tenter de dormir sur mes deux oreilles…

Déjà, je pense que je vais aller survoler le bureau du directeur, vu qu’il est là, aujourd’hui. Il est en réunion avec un prestataire de services, là. Les gens qui nous livrent le papier toilettes, les rouleaux de papier essuie-mains, les recharges de savon et que sais-je encore. Je vais donc reporter à un peu plus tard mon intrusion visuelle dans son bureau. Je préfère attendre que le fournisseur reparte car on ne joue pas avec celui qui est en charge de nous livrer le papier toilettes. On ne joue ni avec la nourriture, ni avec le PQ.

Alors, je vais passer dans le bureau commercial, ce qu’on appelle le plateau. Ils sont quatre, là : un acheteur, un couple de vendeurs téléphoniques (à la ville comme dans le boulot puisqu’ils sont ensemble et qu’ils ont même deux enfants) et Kiki, le costaud de la nuit qui fait aussi le jour et parfois même plus, une bête de travail, une bête de somme, quoi. Il manque une vendeuse qui doit être en RTT. Et Édouard qui est de l’après-midi, désormais. Que je ne suis pas prêt de revoir, si j’ai bien compris, vu que moi je suis de la nuit et du matin.

Je vais d’abord m’intéresser à Kiki que j’aime bien. Je ne crains pas grand-chose de lui. C’est un gros bosseur. Et là, en m’infiltrant sous son bureau, je découvre qu’il ne croise pas les jambes quand il est est au téléphone. Son attitude assise est aussi virile que celle de quand il est debout. Il est allé en criée, ce matin, à Arcachon et là, il vend à ses clients pour ce soir. Rien à craindre, il n’a pas le profil d’un terroriste. Une grande gueule, c’est tout. Une grande gueule pas toujours finaude mais c’est parce qu’il en veut.

En face de lui, le compagnon de la vendeuse téléphonique. On pourrait se pencher un peu plus sur son cas, à lui. Il a fait double jeu, à un moment, quand il était avec les gens du siège social. On l’a repêché quand toute la direction est partie à Nantes. Il est revenu avec nous et là, il fait plusieurs choses, c’est toujours mieux que le chômage. Mais je crois qu’il est devenu assez inoffensif. Il m’inquiétait plus quand il était dans l’autre bâtiment, là-bas et qu’il ne comprenait pas vraiment nos problèmes quotidiens.

Sa compagne, vendeuse au téléphone, en ce moment, elle est un peu à cran. Elle est fatiguée. Rien à craindre de son côté si ce n’est qu’elle est capable de trop parler et parfois, ça peut avoir des conséquences sur les autres mais ce n’est jamais intentionnel, c’est juste qu’elle est comme ça. Une bonne pâte, sinon, globalement. Rien à craindre d’elle. La preuve, elle a craqué, hier. Elle a pleuré à cause de la fatigue et de certaines réflexions de Kiki. Je ne la crois pas assez comédienne pour nous simuler un coup de grisou.

Il reste l’acheteur. Le petit gentil. Lui, je l’aime vraiment bien et je dois faire attention à ne pas être trop partial. Quand je le survole, je vois une aura de bonne mentalité. Quand je passe sous son bureau, mon détecteur de saloperies ne bipe pas, comme si ce collègue était incapable d’en dire ou d’en faire. Par acquis de conscience, je vais lui mettre un mouchard dans son casque téléphonique et j’en aurai le cœur net. Je suis confiant. Ce petit gars est un mec bien. C’est même dommage pour lui qu’il végète chez nous…

Le directeur est en train de dire au revoir au prestataire de services. Ils sortent tous les deux de son bureau. Je vais pouvoir aller m’y glisser et tout passer au décodeur optique afin de voir s’il y a des informations qu’on nous cache. Afin de voir si tout est conforme à ce que doit faire un directeur. Afin de savoir si on peut quand même avoir confiance en lui. Il faut que je me dépêche, je n’ai pas beaucoup de temps… Si je ne veux pas me faire prendr… Aaaarrrrgh ! Trrrrrop tarrrrrrd… il est rrrrrevenu plus tôt que prrrrrrévu… je ne sais pas ce qui m’arrrrive, je suis tout parrrrralysé…