Au bureau, j’ai une collègue charmante voire plus et je l’aime bien pour ne pas dire beaucoup car non seulement elle est mignonne mais elle a de l’humour, que ce soit en tant que spectatrice ou actrice. C’est vraiment quelqu’un avec qui il est très, très agréable de travailler. Nous ne sommes pas dans le même bureau mais nous avons souvent des choses à voir ensemble et nous avons un peu la même façon de bosser. Donc, tout est bien dans le meilleur des mondes sauf que nous avons trente ans d’écart et qu’elle est mariée et que moi aussi. Donc, c’est une histoire d’amour qui ne finira pas mal vu qu’elle ne commencera jamais vraiment. Et il n’y a pas que moi qu’elle ne laisse pas indifférent, en effet, tout le monde s’accorde à la trouver la mieux de toutes les filles de l’entreprise. Mentalité comprise. Émilie, jolie.

Régulièrement, je lui glisse des petits dessins dans un classeur qui lui sert l’après-midi, quand je suis parti. C’est toujours en relation avec notre travail (les poissons) ou avec une anecdote qu’on a vécue la veille ou, si je suis vraiment très réactif, une heure avant. Je vais sur Internet (oui, je sais, ça n’est pas bien) et je cherche des dessins de poissons spéciaux ou dans des attitudes particulières. Et je les légende et ça la fait rire. Elle m’a même dit qu’elle les conservait tous dans ses affaires personnelles, dans son  bloc tiroir et ça, ça me fait plaisir. Bref, c’est une relation professionnelle des plus enthousiasmantes. Et ça n’est pas rien. Ça permet de tenir, les jours où je suis très, très énervé ou très, très abattu. Je ne pense pas que nous pourrions nous fréquenter en dehors du travail mais qui sait, si l’occasion se présente, un soir.

En tout cas, je lui fais souvent des compliments sur sa tenue, ses boucles d’oreille ou sa coiffure. Et elle sait que je la trouve jolie. À mon âge, je peux me permettre de lui faire des compliments de ce genre, ça n’engage à rien et ça ne peut pas être taxé de harcèlement. Pas venant de moi. Et hier, alors que j’attendais mon tour chez le coiffeur, je feuilletais un numéro de Paris Match avec Sophie Marceau en couverture. Pour les obsèques d’Andrzej Zulawski, qui fut son mari pendant quelques 25 ou 26 années. Ils sont quittés depuis 2001 mais bon, quand on vit une histoire d’amour aussi passionnée que la leur, on ne peut pas tirer un trait sur l’autre après une séparation. Surtout quand on a eu au moins un enfant ensemble. Et donc, elle est allée aux funérailles de Zulawski à Varsovie et elle a été prise en photos et ça a fait la une de Paris Match. Bien entendu. 

Et sur cette photo, alors que Sophie Marceau a la tête un peu penchée en avant, les yeux cachés derrière des grandes lunettes noires de star, j’ai trouvé, d’abord pendant un instant puis, en y regardant de vraiment plus près, en prenant mon temps, j’ai trouvé un vague air de ressemblance entre ma collègue et l’actrice. Émilie et Sophie. Sophie et Émilie. Ça m’a troublé, tout d’abord. Puis, ça m’a conforté : j’ai quand même vachement bon goût, je trouve. Je pense que Sophie Marceau est une des plus belles femmes du monde et ça ne se gâte absolument pas avec le temps qui passe, quelle chance elle a ! Et je suis convaincu que la belle Émilie est la plus jolie femme de l’entreprise. Il me fallait ne pas oublier de lui dire, dès ce matin, que je lui avais trouvé cette ressemblance asses frappante même si un peu fugace entre les deux.

Ce matin, en lui faisant la bise, je lui dis « bonjour Sophie Marceau » et elle me regarde, à la fois surprise et un peu amusée, en me demandant pourquoi. Je lui explique la photo en une de l’hebdomadaire et, soudain pris d’un affreux doute, je lui demande si ça ne la vexe pas, au cas où elle ne trouverait pas Sophie Marceau très belle. Elle m’a rassuré en me disant que c’était flatteur. Donc, tout allait bien dans le meilleur des mondes. Mais je n’avais pas dit mon dernier mot. « Viens voir sur mon PC, je vais te montrer la photo en question » et elle est venue. Et elle m’a dit : « Elle n’est pas très joyeuse, ta photo », forcément, c’était au cimetière de Varsovie. Et j’ai ajouté : »En fait, tu ressembles à  Sophie Marceau quand elle est en deuil. » Je ne suis pas sûr, maintenant, avec un peu de recul, que c’était un compliment bien tourné. Il a au moins le mérite d’avoir été sincère.