Tout à l’heure, je rentrais de courses en petite forme mais grosse migraine (encore et toujours, depuis lundi) et j’ai vécu deux choses qui méritent d’être signalées, dans le tramway. Alors qu’il faisait un temps superbe. Un temps à mettre tout ce qu’on veut dehors. Et d’ailleurs, c’est ce que je vais faire juste après la publication de ce billet histoire de m’aérer un peu le cervelet car ça me fera sans doute du bien, du soleil et de la fraîcheur. Comme si je me mettais un pochon de glace sur les tempes tout en restant sous un halogène. Ah non, pardon, je me suis fait des illusions, il fait gris et froid. Quand je vous dis que ce n’est pas ma semaine…

Premièrement, je suis en train de lire un polar de James Patterson, un auteur à qui je suis fidèle (on ne se refait pas !) et à la page 123, il y a une phrase que je n’ai pas comprise. Je vous la cite : « Cindy avait la bouche sèche comme du papier émeri. SLAM@hotmail.com. Elle rêvait ou quoi ? Est-ce qu’on la menait en bateau ? Elle déroula le texte un peu plus loin, jusqu’au bas de la page. Pendant quelques instants, elle ne bougea mie. Le mail était signé : August Spies. » Je vous jure que je l’ai relu plusieurs fois, ce paragraphe et encore plus la pénultième phrase. « Pendant quelques instants, elle ne bougea mie. »

Je suis désolé mais je ne comprends pas pourquoi ça finit par « mie », pour moi, ça ne veut strictement rien dire. Alors, j’ai cherché ce que pouvait être la coquille : mais je n’ai rien trouvé qui puisse ressembler à mie et qui pourrait aller avec le verbe bouger.

En arrivant, je me suis précipité sur Google, j’ai recopié la phrase pour voir si quelque part, dans le monde francophone, ça pouvait exister, bouger mie. Et bien non. Apparemment pas. Mais alors, c’est terrible, si ça se trouve, c’est une phrase clef pour celle de l’énigme policière et je vais peut-être passer à côté d’un indice important qui me permettra, non pas d’arrêter les coupables, ça, je sais qu’on n’a pas besoin de moi pour ça, mais de comprendre le pourquoi du comment et de faire le lien entre la fin du bouquin et le reste. Je vous jure que ça m’a gâché un peu le plaisir de la lecture.

Et puis ce môme, derrière moi qui n’arrêtait pas de gigoter… Je me suis retourné plusieurs fois rapidement pour faire comprendre que ça me dérangeait, ses mouvements et ces gémissements mais jamais assez vite pour bien réaliser ce qu’il faisait. Et toujours tout perplexe devant Cindy qui ne bouge mie, j’ai fermé le bouquin et je me suis retourné carrément prêt à lui demander de s’asseoir et de rester sage parce que franchement, on se demande comment les gens élèvent leurs enfants.

Eh bien, figurez-vous que ce n’était pas un gamin turbulent mais une femme qui semblait vouloir jouer à mettre son sac entre les sièges. À première vue. Et à la seconde, en réalité, elle paraissait un peu simplette et elle cherchait plutôt à faire passer un emballage de gâteaux plié en deux entre les sièges comme pour récupérer quelque chose. Je me suis levé, un peu énervé par tout ce truc et j’ai regardé, moi aussi, entre les sièges, parce que je suis curieux. Et au bout de quelques secondes, j’ai vu que c’était sa carte d’abonnée au tram qui avait glissé.

Alors, je l’ai aidée, en prenant un Sud-Ouest Annonces (celui de samedi dernier) que j’ai plié fin, bien plus long que son emballage de gâteaux et à force d’y croire et pour qu’elle cesse de gémir (il semble qu’elle ne pouvait pas parler), j’ai fini par y mettre la main, puis j’ai réussi à faire bouger un peu sa carte et j’ai pu y glisser le bras comme pour un seat-fucking et j’ai réussi à récupérer sa carte d’abonnée. Elle m’a souri en bavant un peu et ses gémissements ont disparu. Son orgasme traminal venait de toucher à sa fin et moi, je n’avais qu’une hâte, c’était d’arriver chez moi pour me laver la main et ne plus bouger mie. Le calme après la tempête.