Elle est à toi, cette chanson, toi l’aveugle, qui sans façon, ne m’a pas vu faire quand j’ai fait des grimaces derrière ton dos et que je t’ai tiré la langue (de bœuf) alors que ça ne m’a rien apporté de plus qu’une toute petite satisfaction éphémère pour ne pas dire futile. Mais j’aime bien joindre le futile à l’agréable. Et ma foi (de veau), comme au royaume des aveugles, les borgnes sont rois, dorénavant, je promets d’essayer de ne plus jamais dépasser les borgnes.

Elle est à toi, cette chanson, toi le tétraplégique qui sans façon, m’a regardé sans rien pouvoir me répondre quand je t’ai demandé si ça allait comme sur des roulettes. Je reconnais qu’elle était un peu Lourdes, ma vanne mais que veux-tu, parfois, chez moi, c’est irrépressible, ce besoin que j’ai de sortir des conneries. Je fais partie de ceux qui tueraient père et mère pour un mot que je juge bon. Tant pis si l’Œdipe, ça ne se partage pas. Et pourtant, ça crève les yeux que je ne fais pas ça mécham… Pardon, j’avais dit plus jamais.

Elle est à toi, cette chanson, toi l’idiot du village, qui sans façon, ne sait pas t’exprimer correctement, toi qui fais des fautes d’orthographe même en parlant. Je me moque de toi, parfois, souvent mais c’est parce que tu me fais rire. Et quand je t’entends dire des choses aussi drôle, je ne peux m’empêcher de les relever, ce sont mes brèves de mon comptoir à moi, de mon café du commerce. Que tu t’appelles Nicole, Malika, Michael ou que tu sois un parfait inconnu, je rends hommage à ta candeur. Bienheureux les simples d’esprit, ils n’ont pas de migraine, eux.

Elle est à toi, cette chanson, toi le sourd et muet qui n’entend jamais ce que je dis même si je le crie haut et fort. Parce qu’il n’est pire sourd que celui qui ne veut pas en tendre, des perches pour sauter dans l’espace de l’humour. Pas de pot. Il ne me reste plus qu’à trouver un moyen d’échappement. Et faire ainsi font, font, font les petites marionnettes pour te montrer que je t’applaudis parce que je suis bon public, moi. Je ne suis pas comme les manchots. Je n’ai pas peur de taper du poing sur la table.

Elle est à toi, cette chanson, toi l’handicapée de l’humour qui doit, j’en suis sûr, écrire régulièrement à Télé Loisirs pour te plaindre de telle ou telle émission alors qu’il serait tellement plus simple de ne pas regarder les émissions dont tu te plains. Et moi, je te plains de toujours subir la dictature des médias. De ne pas savoir regarder sur les côtés car tu ne suis que les rails du politiquement correct. De la pensée unique. Sans bavure. Si tu es frustrée, c’est que tu t’ennuies dans ta vie. Je te conseille alors de lire Pierre Doris, Tristan Bernard, Pierre Desproges, Jean Yanne et de revoir les meilleurs moments des Nuls. Sans oublier Valérie Lemercier ni Gaspard Proust. Ou encore Alex Lutz…