Je n’en reviens toujours pas, ça fait déjà deux fois que je ne travaille pas un jour férié en moins de quinze jours. Deux vendredis offerts par mon patron. La première fois en dix ans. Parce que ça fait un peu plus de dix ans que je suis dans cette entreprise et c’est bien la première fois que, outre le 1er mai, on m’offre le 8 mai. Et il n’est pas du tout impossible ni interdit qu’on m’offre aussi l’Ascension. Est-ce pour grimper socialement ? Non, je ne pense pas. Ça restera la fête de quand Jésus est grimpé aux arbres… ce n’était pas de ce bois-là à quoi il était particulièrement attaché… quand il est grimpé à la corde à nœuds… non, ce n’est pas ça non plus, il n’était pas spécialement sportif… quand il est grimpé aux rideaux… non, son pagne, c’était un véritable pagne, pas un bout de rideau pris comme ça histoire de se cacher son intimité.

Ça restera donc la fête de quand Jésus est grimpé quelque part, ce qu’on appelle généralement l’Ascension. Et en ce 10 mai, ça me fait penser à l’Ascension de la Roche de Solutré que faisait Mitterrand et ses courtisans, tous les ans, à la Pentecôte (frites ?), l’Ascension d’un tonton, qui n’a rien à voir avec celle d’un messie. Non ? Mais si !... C’étaient deux gourous qui étaient suivis par beaucoup de fidèles mais l’un est mort de façon cruelle et dramatique et l’autre aussi. Je vous accorde que tout ça n’est que digressions au sein d’une écriture quasi-automatique et que nous sommes bien loin de mon point de départ : les jours fériés auxquels j’ai droit, cette année. Sans doute pour fêter le dixième anniversaire, cette année, de mon embauche dans cette entreprise qui n’a pas toujours été facile à supporter.

Jeudi prochain, donc, je sais déjà que je serai en repos. Et ça me fait tout drôle, à moi qui ne suis pas habitué à ça, de me retrouver à ne pas aller travailler un jour de la semaine alors qu’en d’autres temps et sous d’autres patrons, j’y serais allé. Et ça perturbe autant mon organisme profond que les changements d’heure quand on passe de celle d’hiver à celle d’été et vice et versa. À moins que ça ne soit l’inverse, soudain, je ne sais plus, un doute m’habite. Jeudi prochain, donc, je ne me lèverai pas à quatre heures et quelques du matin pour prendre ma douche et me préparer mentalement et physiquement à partir là-bas, à Lormont. Non, je me lèverai quand je me réveillerai et non pas quand on me dira de le faire. Je me mettrai debout quand mon corps le sentira. Ce sera mon ascension non programmée. Celle de la position horizontale, du lit, à celle, verticale, de la station debout.