Parfois, les choses arrivent et même quand elles sont tout proches, on n’a pas l’impression qu’elles sont quasiment déjà là. On les a attendues pendant des semaines (pour ne pas dire des mois), on a compté les jours (pour ne pas dire les minutes) et là, alors qu’on pourrait évaluer les secondes qui restent à s’égrener pour atteindre l’échéance, l’objectif, on a du mal à y croire. On a du mal à s’y croire. On n’est pas dans la même réalité que celle dans laquelle on vit. Je vis dans une autre dimension, aujourd’hui. Sans doute est-ce aggravé par ce mal de tête lancinant. Sans doute suis-je trop fatigué pour comprendre ce qui se passe. Sans doute tout autour de moi, rien ne ressemble à ce que j’imaginais. Je suis à la veille de mon départ en vacances et je ne ressens pas ça du tout.

Ce que je ressens, c’est que les jours me pèsent, qu’une certaine fatigue physique m’alourdit et que la météo ne m’aide pas. En même temps, normalement, pour ça, je n’ai pas besoin d’un coup de main. Il me suffirait de piocher aux hasards de mon imagination et hop ! Je pourrais me croire ailleurs, dans un autre temps, dans un autre endroit, sous d’autres cieux probablement plus cléments. Ma valise est à peine sortie de son placard et pour l’instant, a contrario de d’habitude, je n’ai même pas encore sorti les livres que je compte emporter, ni l’appareil photos, ni les clés USB avec de la musique, celle qui va bien, celle que j’ai choisie, celle que je peux fredonner en même temps que ses interprètes, surtout quand je conduis. Ce qui devra être le cas demain après-midi au moment de prendre la route.

Parce que, demain, non seulement je vais prendre la route mais en plus, je travaille le matin. C’est-à-dire que je vais me lever entre 3h et 3h30 selon comment je pourrai car tel que je suis en ce moment, il n’est pas impossible que je demande grâce mais non, en bon petit soldat que je suis, je me lèverai et je viendrai travailler pour partir le cœur léger. Léger mais vaillant, les deux n’étant pas incompatibles. Et j’espère terminer d’assez bonne heure pour que je puisse rentrer assez tôt pour que je puisse déjeuner et me reposer un chouïa avant de partir pour chez les parents. Oui, je sais qu’il n’y a pas 220 kilomètres mais même cent kilomètres, quand on est fatigué, ça n’est pas qu’une partie de plaisir. C’est pour ça que j’ai besoin de la clé USB, c’est pour pouvoir chanter tout en conduisant.

Chanter au volant, c’est une bonne façon de ne pas s’endormir en voiture. Alors que m’endormir devant une émission de variétés voire un jeu télévisé où on vous demande de ne pas oublier les paroles, ça c’est nettement moins grave et dangereux. Quand je m’endors sur le canapé devant le téléviseur qui débite ses platitudes colorées, je ne prends que le risque de trop dormir. Quand je m’endors en voiture, je mets tout en péril. Mais qu’on se rassure, je ne dors jamais en voiture quand je roule. D’abord parce que ça m’est très difficile de conduire à moitié affalé, vautré sur le siège sinon je ne vois pas la route. Déjà que je ne suis pas dans la catégorie de ceux qui sont grands, je ne vais pas en ajouter en me mettant allongé les pattes en rond sur les deux sièges de devant de la voiture pour conduire, non ?

Enfin bref, comme je le dis toujours, je n’ai pas l’impression d’être aussi près de partir en vacances alors qu’il y a moins de deux mois, au début du mois de juillet, au démarrage de la haute saison estivale, je craignais ces huit semaines à venir, ces huit semaines à tenir. Je redoutais qu’elles ne finissent jamais et j’aurais pu envisager de donner n’importe quoi pour qu’elles passent très vite. Et j’ai bien fait d’être radin car non seulement, je n’ai rien eu à donner mais en plus, elles ont fini par passer, ces huit semaines. Que demander de plus ? De mieux dormir ? Non, là, je crois qu’il y a un tel supplément que c’est largement au-dessus de mes moyens. Et je ne veux pas vivre à découvert. Les agios seraient sans doute trop élevés. Quoiqu’il en soit et contrairement aux apparences, il ne me reste plus qu’une fois dormir avant de partir.