Ou à peu près. Quatre-vingt-onze, pour être totalement précis. Parce que comme toute journée commencée est considérée comme terminée. Tout comme on peut considérer que toute année commencée est terminée. Et que toute vie commencée est terminée aussi. N’est-ce pas le principe même de la naissance qui n’est jamais que le (long) chemin vers la mort ? J’insiste sur les parenthèses qui étreignent le « long », maintenant aux mains des guillemets parce que pour certains, ça peut être carrément l’inverse. Comme pour la petite Fiona, tiens, par exemple. On ne peut pas dire que sa vie aura été longue. Et ça prouve aussi qu’il est de très mauvais aloi, pour les parents, de jouer à cache-cache dans une forêt. Demandez au Petit Poucet. Si ça se trouve, lui aussi, il a subi des sévices de ses parents. Et je ne parle pas de l’ogre. Finalement, les ogres tout comme le Père Noël, on peut se demander si ça ne cache pas une perversité quelconque, cet amour un peu trop prononcé pour les enfants. Moi, ce que j’en dis, je dis ça, je dis rien. Vous me connaissez, parfaitement incapable de dire du mal des autres. Surtout quand il s’agit des enfants.

Oui, donc, à peu près quatre-vingt-dix à plus ou moins un de tolérance, c’est ce qui nous reste pour atteindre la fin de cette année qui ne me semble pas avoir été une année porte-bonheur jusque-là, si je fais un premier bilan. Comme si c’était la fin de mon année fiscale ou la fin de celle de Bordeaux ou de la France. Non, faisons simple et égocentrique, restons sur la fin de mon année fiscale. On dirait que je serais une PME et que ce soir, ce serait le dernier jour de business avant de changer d’année. Un PME plutôt qu’une PME. Un petit mec énergique. Oui, c’est bien ça. Sauf que la fin de l’année aura été un peu molle. Et dure. Molle dans le sens du tonus et du moral. Et dure dans le sens de ce que j’ai supporté en conséquence de cela. Ou de ce que j’ai cru supporter. Du coup, depuis aujourd’hui, en prévision du prochain trimestre, des prochaines quatre-vingt-dix jours, j’ai investi dans de l’herbe, des fleurs et des plantes. Je sais bien que ça ne fera peut-être pas recette à 100% mais si déjà ça fait repartir la machine. Histoire d’oublier les soucis, je prends des fleurs de souci. Histoire d’avoir de la veine, je prends de la verveine officinale. Et du fenouil, pour les… Je cherche une rime mais ça ne me vient pas, là, immédiatement. Laissez-moi réfléchir un peu.

Oui, donc encore quatre-vingt-dix jours à les vivre de plus en plus courts, sauf une dizaine. À subir des brouillards à couper au couteau d’éventreur dans les rues désertées du petit matin. À voir du ciel de plus en plus gris et pourquoi pas tout devenir blanc comme neige. À la limite, moi, ça me va bien, je suis né en fin d’année et je pense que je suis prédisposé à cette période qui me convient plutôt bien, c’est le retour des pantoufles à papa, des pull-overs quand on ne les retrouve pas troués par des mites qui n’ont rien d’une légende, des châtaignes grillées qui sentent bon au coin de la rue Bouffard et de la Porte Dijeaux, le temps des soupes en sachet, le temps des clémentines et des grosse chaussures pour aller travailler. Tiens, où les ai-je rangées, celles-ci, à la fin de l’hiver dernier, le 1er juillet, si je ne me trompe pas ? C’est aussi le retour des plats d’hiver avec des lentilles, des pommes de terre, des poireaux, des légumes racines et de Danse avec les Stars. Le temps que les moins de vingt ans de 2037 n’auront pas connu. Celui de l’automne 2013. Quand on leur en parlera, quand je leur en parlerai, à ce moment-là, pour eux, ce sera le temps de la rengaine. Et pour moi, celles des amours mortes.