J’étais dans la salle d’attente de Christian, le masseur de la salle de sports mais qui n’exerce plus dans les locaux de la salle vu qu’il en est parti depuis quelques semaines voire quelques mois et qu’il s’est mis à son compte et pas qu’un peu, ma bonne dame, ben oui, mon bon monsieur, il s’est installé dans les beaux quartiers, ceux qu’on dit beaux parce que les immeubles sont cossus et qu’on est loin des commodités du centre-ville, somme toute un peu plus populaire mais tellement moins chic et de bon aloi. Et c’est tellement plus bruyant que dans ces beaux quartiers. Enfin bref, j’étais dans la salle d’attente de chez Christian et je voyais un dépliant sur la table basse. Un dépliant à tendance médicale parmi plein d’autres de même tendance et pas un seul Paris Match, Voici ou un quelconque magazine de cinéma. Comme une espèce de punition, un purgatoire. Et donc, j’ai parcouru deux petits livrets sur l’alcool. Bof. Et un autre sur le handicap invisible. Re-bof. Et enfin, un sur la maladie d’Alzheimer. Et là, il m’est revenu quelque chose en tête, quelque chose en forme de souvenir comme ceux dont certains, atteints de cette cruelle maladie, sont incapables d’en avoir, si j’ai bien compris et retenu ce que j’ai lu. Mais j’en étais où, déjà, avant de digresser ? Ah oui, dans la salle d’attente de chez Christian.

Et donc, il m’est revenu en mémoire cette histoire dont les faits divers des journaux télévisés ou de la presse écrite se repaissent comme par exemple celle de cet homme qui a oublié 30 ans de sa vie et qu’on voit un peu partout en télé, en ce moment. Jacques-Michel Huret qui aurait retrouvé son nom grâce à Charlélie Couture que justement, tout le monde avait oublié. Ou presque. L’ironie du sort. Et j’ai donc repensé à cet homme qui se découvre une vie qu’on lui apprend au fur et à mesure que les nouveaux jours passent, se suivent et ne se ressemblent du coup pas tout à fait. Il découvre sa femme, ses enfants, sa propre histoire. Éventuellement, sa sexualité plus du tout compatible avec sa femme. C’est vrai, quoi, si ça se trouve, à l’âge qu’il a maintenant, sa femme, elle ne lui plaît pas du tout, avec le temps, parfois, on évolue et les goûts changent. Et peut-être même qu’il va se rendre compte que son épouse, officielle, il s’en moque car il préfèrerait se marier avec un mec. Ou devenir prêtre. Mais comment être sûr qu’il n’oublierait pas de faire ses prières le soir ? Enfin bref, je me suis imaginé plein de choses un peu moins politiquement correctes que tout ce que les journalistes et autres escrocs des medias veulent nous imposer alors que bien souvent, on ferait mieux de les oublier, tiens !

Et je me suis imaginé la chose la plus absurde et ironique qui puisse arriver à cet homme. Non pas Jacques-Michel Huret mais un homme, j’ai choisi un homme, au hasard, amnésique, qui se fait aider pour retrouver tout ou partie de sa mémoire et qui tant bien que mal, bon an, mal an, arrive à récupérer quelques bribes de son passé mais ce n’est pas sans une certaine souffrance parfois confinée à une forme de désespoir. Est-ce que savoir ne risque pas d’être pire qu’ignorer ? Et pourtant, il fait des progrès et même si tout n’est pas revenu, il commence à se tisser une toile avec des souvenirs qui, il l’espère de tout son cœur, vont enfin rester fixés dans son cerveau. Sauf qu’un jour, un jour de plus, dans son entourage proche, on a commencé à s’inquiéter pour lui car quelque chose semblait ne plus tourner très rond dans sa tête. Et on l’a emmené chez un spécialiste pour lui faire faire des tests et des examens de première importance et quand les résultats sont tombés, ils sont encore plus cruels que ce que tout le monde aurait pu imaginer : notre amnésique en voie de guérison est atteint de la maladie d’Alzheimer. Et là, je me suis posé la question, alors que je somnolais à moitié dans cette salle d’attente : est-ce que ça pourrait arriver ? Je vous demande, hein ?