Faire et défaire, c’est toujours travailler. Et cent fois sur le métier, remets ton ouvrage. Et file, file, file l’aiguille, ma fille, demain, tu me maries, mon amie. Voici ce que j’ai en tête en cette belle après-midi printanière et pré-estivale. Je suis limite en train de me demander si je ne vais pas apprendre à tricoter pour me faire un pull en double polaire, doublé et avec capuche et écharpe et bonnet. Non pas qu’il fasse froid dans l’appartement, il ferait même plutôt glacial. À mon goût. Mais les goûts et les couleurs, ça ne se discute pas. Évidemment. 

Ce n’est pas grave, ce soir, nous sortons voir un spectacle au Haillan, un ballet, Déroule, je crois. Mais moi, je pense que je vais plutôt prendre « enroule » avec un col roulé. Et je mettrai un caleçon long pour y aller car au cas où il se mettrait à pleuvoir, comme il fait un peu frais, on n’est jamais assez prudent. Et si nous dînons au restaurant avant le ballet, je prendrai une bonne gratinée à l’oignon pour me réchauffer et un bon pot-au-feu, c’est bon quand c’est la saison, le pot-au-feu. Et j’espère qu’il y aura des desserts chauds. Parce que je ne me vois pas manger une glace. 

En tout cas, ce temps que nous subissons comme une punition divine, en ce moment, ça fait peur car si jamais tout était déréglé au point de rester en l’état, mon Dieu, quel effroi ! Quel chaud effroi ! Mais non, ça ne peut pas ne pas s’arranger. Ça ne peut pas durer comme ça. Il y a forcément une solution. Il y a toujours une solution. Et oui. Et je fais des phrases courtes parce que j’ai l’impression que ça donne un peu chaud, c’est comme si je battais la semelle sur le pavé, comme si je sautillais en l’air pour ne pas geler sur place. 

Allez, je vais aller prendre une douche. Je n’y suis pas encore allé depuis que je suis revenu de mon boulot et même si je ne me suis pas trempé dans la plate-forme réfrigérée, ce matin, j’ai besoin de me rincer à l’eau très chaude histoire de bien me faire sentir, physiquement et moralement, que je ne suis plus en mode « employé de bureau chez un mareyeur. » C’est un peu comme si je retirais un uniforme, quand je prends ma douche après le boulot. Après le bulot. Et j’aime particulièrement que l’eau soit très chaude. Surtout le matin. Et même en journée, en ce moment. Tout le temps, quoi. 

Donc, je vais aller me mettre sous la douche, ouvrir le robinet d’eau chaud, à peine toucher à celui d’eau froide histoire de tempérer un peu mes propos mais vraiment une goutte, pas plus. Je n’ai pas envie de tiédeur, là. Et je vais laisser couler. Je vais laisser pisser. Et tant pis si pour une fois, je ne suis pas écolo-économe. Tant pis si je gaspille. Le chauffage est coupé dans l’immeuble alors ce n’est pas un petit réchauffement climatique personnel qui va changer le cours des choses et qui empêchera la terre de tourner. Que voulez-vous, y a plus d’saison, ma bonne dame !