Stéphane, ça faisait quand même 40 ans que nous ne nous étions pas vus et j’avoue que si j’ai eu du mal à te comprendre, quand nous nous sommes retrouvés, là, maintenant, je commence à mieux te cerner. Et même à te connaître. Et tu sais, ce n’est pas parce que je suis prof de sports rectangulaire (c’est moi qui suis rectangulaire, pas les sports, hein, on est d’accord, hein ?) que je peux passer à côté de tout. Et à côté de toi. Et tu vois, là, je trouve que tu n’es pas comme d’habitude. Tu sembles plus fatigué et même un peu triste. Je n’irai pas dire que je te trouve mélancolique car je n’ai pas l’habitude d’utiliser des mots que je ne maîtrise pas et encore moins utiliser des mots que je ne connais pas mais comme j’en ai conscience, c’est bien, non ? En tout cas, je m’inquiète, voilà.

C’est gentil, Jean-Michel mais tu sais, il n’y a pas de quoi s’inquiéter. C’est vrai que comme on ne s’est pas vus pendant 40 ans, tu ne peux pas savoir comment je fonctionne mais, puisque tu veux tout savoir, je vais te donner le mode d’emploi en ce qui me concerne. Oui, c’est vrai, même si tu ne comprends pas bien ce mot, tu es quand même tombé un peu juste. La mélancolie, ça fait un peu partie de ma vie. La nostalgie m’habite beaucoup, elle aussi mais en réalité, je crois que ce qui me définirait le mieux, sauf si je me trompe (!!!), je me demande si je ne serais pas un peu comme Marc Lavoine, légèrement lypémaniaque. Mais en même temps, je pense aussi que le mot est un peu fort. Il est surtout inconnu. Que tu sois maniaque, soit mais que tu sois hypé ou lypé, je ne comprends pas.

Non, tu as raison, je ne devrais pas utiliser de tels mots. Oui, tu devrais te mettre à la place de ceux qui te lisent. Non, c’est juste que le mot n’est pas si bien adapté que ça à mon cas. Si j’ai des tendances lypémaniaques, elles ne durent jamais longtemps et on ne peut pas dire que j’en suis esclave. En réalité, je suis un mélange de neurasthénique et de pessimiste tout en ayant quelques accès de lypémanie et de mélancolie. Tu es un mec compliqué, en gros. Oui, je suis un mec compliqué qui s’empêtre souvent dans ses propres contradictions. Je suis un clown triste et je me dépêche toujours de rire de tout plutôt que d’en pleurer. Besoin de rien, envie de toi-même ? Euh ?... C’est gentil, Jean-Michel mais tu ne peux rien pour moi, c’est ainsi que je fonctionne, depuis toujours.