Léon, intime (1)
Edgard Iván, tu pourrais venir me voir, là ? Oui, Sa Sainteté, j’arrive tout de suite. … Qu’il y a-t-il, Saint-Père ? Eh bien voilà, Edgard Iván, j’aimerais bien écouter autre chose que des cantiques ou des chants grégoriens, tu ne pourrais pas aller au grenier pour me chercher quelque chose dans la malle qui contient mes effets personnels ? Et que voulez-vous que j’y trouve, mon Pontife ? Je vais te le dire, Edgard Iván mais avant, je voudrais que tu me promettes quelque chose. Je vous écoute, cher Primat d’Italie. Je veux que tu fasses vœu de silence pour ce que je vais te dire, je veux que tu sois muet comme une tombe et je veux que tu ne portes aucun jugement sur ce que tu vas découvrir. Est-ce que les choses sont bien claires ? Elles sont très claires, Souverain du Vatican. Bon, je compte sur toi, hein, Edgard Iván ?
Vous pouvez compter sur moi, comme toujours, Votre Sainteté. Aujourd’hui, plus que jamais, Edgard Iván ‽ Aujourd’hui, plus que jamais, Ô mon très cher Saint Père. Je saurai te récompenser, Edgard Iván, tu le sais, hein ? Oui, merci, cher vicaire de Jésus Christ. Tu vas donc aller ouvrir la malle qui contient mes affaires personnelles d’avant ma vie papale. Tu vas y trouver une boîte avec une vague bleue, dessinée sur le couvercle. Tu vas me l’apporter mais, surtout, n’oublie pas le baladeur qui est avec et, bien sûr, avec les écouteurs, sinon, cette mission n’aura servi à rien. J’ai compris, Saint-Père, j’ouvre la malle, je prends la boîte avec une vague bleue sur le couvercle et je vous l’apporte avec le baladeur et les écouteurs. Et je referme la malle à clé. Et tu refermes la malle à clé. Tu as tout compris, alors, file, mon ami.
… Ce qui est bien avec toi, Edgard Iván, c’est que tu n’es pas que mon secrétaire personnel mais aussi un homme à tout faire et ça, c’est un luxe, pour moi. Je te remercie pour m’avoir apporté tout ça et je te prie de bien vouloir aller vaquer à tes occupations afin de me laisser seul pendant une heure ou deux. Oui, mon Saint-Père bien-aimé, vous me sonnerez quand vous aurez besoin de moi. … Enfin seul. Je vais pouvoir me faire un petit plaisir de derrière les fagots. Voyons, quelle cassette vais-je choisir ? Est-ce que je prends la première, Un disque d’amour ou la seconde, la compilation de ses plus grands succès, celle qui date de 1980 ? Allez, la compilation de 1980. C’est bien, je vais pouvoir écouter tous ses succès à la suite. Personne ne le sait mais j’aime tellement Michèle Torr… Une vague bleue qui va t’emporter, c’est comme…