08 avril 2016

cadavres exquis

À près de cinquante-sept ans, j’ai eu cette chance incroyable de ne jamais avoir eu l’occasion, de ne jamais avoir été obligé de voir un mort en vrai. De voir un cadavre. De voir un corps inerte, les mains jointes, les yeux clos, allongé sur un lit dans une ambiance on ne peut plus feutrée, avec quelques bougies et des odeurs d’encens pour en masquer d’autres. Je n’ai jamais vu un mort à qui ça venait juste d’arriver, non plus. C’est-à-dire que je n’ai jamais vu un accidenté de la route qui venait d’être tué sur le coup. Ni même un... [Lire la suite]

11 novembre 2015

Bordeaux, chapelle ardente

Encore une fois, ce matin, encore une fois, ce fut un sentiment de désastre quand je suis parti au garage par mon chemin habituel, celui que prennent nombre de jeunes noctambules sur-alcoolisés, livrés à eux-mêmes, en totale et incompréhensible liberté. Rien qu’entre chez moi et le cours Pasteur, au bout de la rue des Ayres, j’ai dénombré onze cadavres. Onze bouteilles vidées de toute leur substance. Onze bouteilles essorées. Onze bouteilles abandonnées à leur triste sort mais, étonnement, onze bouteilles comme indemnes. Pas du tout... [Lire la suite]
30 janvier 2015

en voie de disparition

Ce matin, je suis parti de chez moi, de très bonne heure, il faisait encore nuit froide et humide et j’étais quasiment le seul à marcher dans les rues, sauf quand j’ai croisé un groupe de jeunes avinés en manque de faire du bruit, sans doute car ils n’ont pas tardé à shooter dans les poubelles vides pour les renverser. Et pendant ce trajet de moins de dix minutes jusqu’au garage de la rue Ducru, j’ai eu l’occasion de croiser quelques cadavres. Et j’ai alors réalisé, subitement, qu’une espèce était en voie de disparition et je ne le... [Lire la suite]
08 octobre 2014

terrorisme phlébotominal (2)

Pour entrer un peu plus dans les détails de mon action anti-terrorisme contre les moucherons, je me dois de vous donner quelques explications car j’ai bien compris, devant vos mines ahuries, que vous vous étiez demandé si je n’étais pas tombé sur la tête. Ou sur un os. Ou sous un choc. Non, non, que nenni, rien de tout cela car je suis bel et bien en croisade tous les jours entre le début du printemps et la fin de l’automne contre ces bestioles qui m’énervent tout autant qu’elles me dégoutent. Et me tapent sur le système nerveux. Je... [Lire la suite]