Et si écrire des poèmes, c’était une des solutions ? Et si écrire de nouveau des poèmes, aurais-je dû préciser car faire de la poésie, ça, j’ai bien connu pendant une bonne vingt-cinquaine d’année. Et puis, après avoir arrêté, comme la cigarette, ça m’a repris, il y a quatre ou cinq ans, de façon très aléatoire et puis, j’ai encore cessé. Comme si, quelque part, je m’interdisais de refaire des vers. Comme si j’avais pris conscience de mon incapacité à être un vrai poète, sauf dans mes rêves les plus fous. Comme si ça ne devait jamais m’arriver. Ou alors, peut-être dans un autre monde, dans un autre temps, à titre posthume. Faut-il donc que je meure pour savoir si je vais être reconnu comme un poète et non pas seulement comme un clown ? Je ne sais pas si le jeu en vaut la chandelle. Je ne sais rien, en réalité.

Et si écrire des poèmes, c’était la seule façon de m’en sortir le mieux possible ? Et si quelques rimes accumulées, pauvres ou riches, c’était une porte de sortie honorable ? Oui mais moi, je n’ai pas toujours été un adepte de la rime pour la rime. Je ne suis pas un grand esprit malade dans un petit corps malade. Comprenne qui pourra. Moi-même, je m’empêtre si souvent. Les pieds dans le tapis. Ou dans la peau de chagrin qui est autour de moi. Mais non, qu’on ne se méprenne pas, je ne suis pas triste, je suis à peine désabusé. Bof. Même pour ça, être désabusé, à quoi bon ? Et pourtant, c’est si facile de se cacher derrière cette espèce de langueur. Mais alors, oui, alors pourquoi ne puis-je pas en profiter pour écrire des poèmes ? Pourquoi faut-il donc que même pour ça, je suis dans la procrastination ?

Et pourtant, si je veux être sincère, je dois reconnaître que quelque part, j’y pense, parfois, à ces sonnets, à ces alexandrins et à ces césures, ces rejets et ces strophes. À ces allitérations et à ces diérèses. Aux assonances et à la prose. Et à certains enjambements. Et ils sont autant d’éléments qui me manquent, parfois, oui, qui me manquent. Quand je vous dis que l’arrêt de la composition de poésie, c’est comme quand on veut arrêter de fumer. Et si je m’y remettais, en douce ? Et si de ma cachette, je tentais d’y retrouver ces plaisirs solitaires que j’ai tant aimés, pendant ma jeunesse d’adolescent et d’adulte ? Autant de questions qui n’auront peut-être jamais de réponse. Ça ne dépend que de moi et c’est bien là le problème. Même si je ne suis pas sûr et certain que ce dernier mot soit très adéquat.