Chaque année, à la même date, je fredonne cette chanson d’Alain Barrière (qui se souvient de lui ?) et chaque année, je répète toujours la même phrase : « Aujourd’hui, c’est l’automne et je me souviens » sauf que dans la version originale, c’est « Aujourd’hui, c’est l’automne et je pleure souvent » et là, je me demande pourquoi moi, je préfère chanter « je me souviens » plutôt que « je pleure souvent » ? Peut-être parce que les grandes douleurs sont muettes. Ouais. Mais elles ne sont pas sourdes. Et dans la chanson, ça continue par « Aujourd’hui, c’est l’automne, qu’il est loin le printemps… » Ouais. Le printemps, à l’instant T, on s’en fout un peu. Sauf qu’au printemps, les bulbes que j’ai achetés et que je ne vais pas tarder à planter auront laissé s’épanouir des jolies tulipes comme je les aime. Au printemps.

Oui, au printemps mais aujourd’hui, c’est l’automne et je pleure souvent. Non, je ne pleure pas souvent. Enfin si, un peu, c’est vrai que je suis une pleureuse, que j’ai la larme facile mais ce n’est pas ma faute si je suis sensible. Oui, je suis un garçon sensible. Et donc fragile. Et donc quand je suis ému, je pleure souvent ou alors, je suis souvent au bord de pleurer. Même si ce n’est pas le cas ce matin. Et même si ce n’est pas l’automne non plus. Enfin si, aujourd’hui, c’est l’automne et je pleure souvent… Non, j’ai dit que ce n’était pas le sujet, aujourd’hui, c’est peut-être l’automne mais je ne pleure pas. Pas encore. Il est peut-être un peu trop tôt, ce matin pour pleurer tout seul dans mon coin. Non, plus sérieusement, aujourd’hui, c’est le premier jour de l’automne et on est à six mois du prochain printemps.

La chanson, elle s’appelait « Elle était si jolie » et ça continuait par « Que je n’osais l’aimer, elle était si jolie, je ne peux l’oublier » et tout le reste à l’avenant. Je dis ça sans méchanceté et sans ironie, c’est vraiment une belle chanson. Simple mais belle. « Elle était trop jolie quand le vent l'emmenait, elle fuyait ravie et le vent me disait : elle est bien trop jolie… » Et à un moment, il est question d’automne et de pleurs. Moi, en ce premier jour d’automne 2022, j’ai envie de taper un coup dans mes mains, de me lever, de faire un tour sur moi-même, de taper un second coup dans mes mains et de pousser un cri « Yeaaaah » et ce sera ma façon d’accueillir cet automne à peine naissant. Et je vais le vivre pleinement. Et faire pareil avec l’hiver qui devrait suivre, normalement. Et enfin, seulement, le printemps.