Une chatte sur un toit brûlant. Oui, je sais, l’allusion à la pièce de Tennessee Williams est volontaire. Sauf que lui, ce qu’il a écrit, c’est « La chatte sur un toit brûlant » alors que moi, c’est une chatte sur un toit brûlant. Parce que, en ce moment, c’est encore et toujours la canicule, comment veux-tu, comment veux-tu ? Miaou, miaou ! Ttt, ttt, ttt ! Tu viens, le chat ? Tu aimes les caresses ? Oh oui, tu aimes les caresses. C’est bon, ça, hein ? Comment tu t’appelles, le chat ? Si ça se trouve, tu n’es pas un petit mâle mais tu es une petite femelle. Ah oui, tu as un collier, donc, tu appartiens à quelqu’un et ce quelqu’un semble tenir à toi puisqu’il y a un nom, écrit dessus et un numéro de téléphone. Celui de ton maître, je suppose. Tu t’appelles Minouche ? C’est joli. Ça me rappelle quelqu’un. Un truc personnel.

Alors, tu en veux d’autres, des caresses ? Oui, hein ? Tu aimes ça, coquine. Pourtant tu n’as pas l’air en manque. En même temps, quand on aime quelque chose, on est toujours un peu en manque, quelque part. Et toi, oui, manifestement. Tu aimes bien qu’on te touche, hein ? Tu fais le gros dos, ça veut dire que tu es contente ? Miaou ? Oui, miaou. Non ? Tu préfères que je te dise mraou ? Oui, c’est mieux, hein, mraou ? Allez, mraou, mraou, mraou. Tu vois, on se comprend toi et moi. Et je sais que toi aussi, tu as très chaud, en ce moment. Et je ne parle pas de tes éventuelles chaleurs intimes. Non, je parle juste de la canicule, comment veux-tu, comment veux-tu ? Je connais des gens qui aimeraient bien t’adopter, toi. Moi, je ne veux pas, je ne peux pas mais si jamais tu cherches asile, je peux t’aider.

Oui, je peux te présenter. J’ai un ami très cher qui aimerait bien avoir une petite chatte chez lui. Mais je ne vais pas te kidnapper, hein ? Hein non ? Non, ça ne serait pas gentil. Si ça se trouve, tu es déjà très heureuse chez ton maître actuel. Ou chez ta maîtresse. En tout cas, tu es très mignonne, tu es très jolie, ma petite chatte. Ma petite Minouche. Ma petite chatte qui aurait pu être sur un toit brûlant. Sauf que tu n’es pas sur un toit mais tu es sur un trottoir. Mais ça ne me fait rien, il faudrait que tu saches que personne ne te veut du mal, bien au contraire. Juste des caresses et de l’amour. Une chatte sur toi, brûlante. Une chatte sur toi, brûlant. Ah mon Dieu, comme il serait doux de pouvoir te partager. Et te rassurer. Et t’aime. Et te faire aimer.  Ah mon Dieu, la petite chatte comme elle aimerait ça.