Quand j’avais sept ou huit ans, si on m’avait dit qu’un jour, j’aurai ma première grosse crise de migraine à 15 ans et que ça n’allait faire qu’empirer d’année en année jusqu’à environ 56 voire 57 ans, je ne l’aurais pas cru car c’est difficile à imaginer. Et si on avait réussi à me convaincre, j’aurais hésité à signer le contrat pour passer d’enfant à adolescent avant d’en signer un autre pour devenir adulte. Et je passe sous silence, le contrat pour passer d’adulte à retraité et ensuite, au statut de vieux.

Quand j’ai eu 18 ans, si on m’avait dit que ma vie n’aurait pas du tout ressemblé à celle dont je pouvais rêver : devenir le plus grand écrivain français du monde et patron d’un mensuel de littérature, d’art et d’humour, j’aurais haussé les épaules et marmonnant dans le duvet qui me servait de barbichette, au menton. Et j’aurais pensé les pires choses des gens qui étaient en train de casser toutes mes illusions. Et j’aurais sans doute pleuré pour des bonnes raisons. Et pendant très longtemps.

Quand j’ai eu 30 ans, si on m’avait dit que je serais marié à l’âge de 55 ans, j’aurais éclaté de rire en disant que c’était la meilleure de l’année. De l’année ? Non, la meilleure du siècle, plutôt, oui ! Parce que moi, marié, tu plaisantes ou quoi ? La vie à deux, pépère tranquille chez soi avec des charentaises, la télé tous les soirs et un animal de compagnie, non, j’avais d’autres folies en tête. Et puis même si j’étais un aventurier, mon côté romantique savait bien que le mariage n’était pas une fin en soi.

Quand j’ai eu 50 ans, je ne me suis pas rendu compte que je venais de basculer dans la seconde partie de ma vie. J’avais bien constaté quelques dégradations, encore assez peu visibles par le commun des mortels, de mon corps mais bon, j’avais encore mes parents, j’avais une vie plutôt  bien installée même si mon boulot n’était pas génial, dans le mareyage. J’avais des bons amis et la vie était plutôt comme une longue rivière tranquille, pas un fleuve ni un torrent, non, juste une rivière tranquille.

Quand j’ai eu 60 ans, j’ai connu plein de bouleversements : le chômage en tant que senior ; la pandémie avec les confinements successifs qui ont pris la place des gilets jaunes et casseurs réunis ; la maladie de mon père et son placement qui ont suivi, jusqu’à son décès, en janvier dernier. Autour de moi, le patron qui vit de plus en plus reclus car Claude, devenu handicapé demande une présence de tous les instants. Et la conscience que le meilleur est derrière moi. Comme dans la devise de tout pessimiste.