Non vraiment, avec ces chaleurs, avec ces ruts météorologiques, je suis tout mou. Déjà qu’à la base, je fais partie de ces gens qui préfèrent le froid au chaud mais quand c’est très, trop chaud, pour moi, c’est insupportable. Tous les après-midis, je suis confiné chez moi avec les volets fermés, les fenêtres aussi et les ventilateurs en ordre de marche. Et comme je n’ai pas le droit de manger du sucre transformé, je ne peux même pas sucer des esquimaux pour me donner une (fausse) impression de fraîcheur (et de plaisir – je vis comme un moine, en ce moment) et sauf si on m’avait proposé un bon bain chaud par amour, histoire de se faire des papouilles, je n’aurais accepté qu’à la seule condition de pouvoir y ajouter des tas et des tas de glaçons. Et des glaçons qui ne fondent pas vite. Un iceberg. Pour adoucir le côté torride d’un bain à deux.

Chauds, les marrons, tout chauds, les marrons ! Non merci, ça ne me fait pas envie du tout. En revanche, un bon melon ou une bonne pastèque, bien frais, là, assis devant la télévision, ce soir, sous la brise d’un ventilateur à moins d’un mètre, oui, ça je veux bien. Tu parles, même devant la télévision, le soir, je suis tout mou et déjà qu’en temps normal, j’arrive difficilement à la fin de n’importe quel programme, autant vous dire qu’en ce moment, c’est pire. La seule chose que je peux faire, le soir, c’est lire au lit avant de m’endormir. Et ensuite, je rêve d’Irkoutsk et du lac Baïkal. Tant pis si c’est en Russie. De toute façon, il n’y a pas que des horreurs, chez les russes. Mais tout ce dont Poutine n’est pas responsable, c’est plutôt réussi, je trouve. Ça me rappelle mes vacances, à l’été 85. Rien à voir avec le film de François Ozon.

Non, moi, en juillet 85, j’ai passé presque trois semaines à voyager dans plusieurs républiques de l’ancienne URSS. On y a déjà eu très chaud car il y a des pays très ensoleillés, là-bas aussi mais j’avais particulièrement aimé l’incursion faite en Sibérie. Même en été, on y avait vu de la neige et du brouillard. Mais c’est une autre époque. Un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas… Et un temps d’avant une certaine prise de conscience de l’urgence climatique. On était jeunes, on était beaux (enfin, certains, seulement) et on avait tout l’avenir devant nous. Que voulez-vous, il n’y a plus de saison, maintenant, c’est canicule à la place de l’été et même un peu du printemps et de l’automne. Et moi, ça me rend tout mou. Tout ramolli. Tout ramollo. Ça me flapit et avant de l’écrire, je ne savais pas que ce verbe était transitif.