Je me souviens que ce sont mes spermatozoïdes, qui un soir de solitude, alors que je me morfondais chez moi, en prise à une espèce de cafard nauséeux, ont répondu à une des questions que je me posais : d’où viens-je, où vais-je et, plus généralement, où cours-je ? Comme il me restait une main de libre, je me suis gratté la tête et là, j’ai eu comme une fulgurance : suis-je seulement capable de créer quelque chose de vivant ? Et là, mes spermatozoïdes, puisqu’il s’agit d’eux, ont levé leur main pas encore formée pour me répondre : « On est là, nous, souviens-toi que nous, nous sommes encore plus totipotents que toi ! » et ça m’a ouvert les yeux sur plein de choses. Sauf que je les ai refermés aussitôt vu que tout d’un coup, j’ai été pris d’une espèce de fatigue. Normal, je peux m’endormir vite après l’amour.

Mais dès mon réveil, ceux qui étaient encore vivants m’ont interpelé de nouveau : « Ah, tu es sorti de ta léthargie, nous, nous t’attendions pour te dire que nous,  nous ne sommes pas des zooflagellés ! » « Et alors ? » Ai-je plus ou moins à articuler tout en bâillant. Et je me suis levé car j’avais besoin de faire un tour. J’ai appelé mon cocher et je lui ai demandé de préparer le phaéton car j’avais besoin d’aller au lac pour observer les pailles-en-cul et les pailles-en-queue, parce que finalement, hein, tout compte fait… En tout cas, n’allez surtout pas croire que je ne pense qu’à ça. Et pendant que nous roulions vers le lac, je sentais les effluves de différentes plantes dont le peucédan corse et je me demande encore pourquoi on en trouve chez nous, à Bordeaux. J’aime ces odeurs dans la nature et le silence qui va avec. Sauf que…

Sauf que j’entendais malgré tout une espèce de brouhaha, pas fort mais persistant. Et après avoir demandé au cocher d’arrêter le phaéton, j’ai écouté avec beaucoup d’application et c’étaient encore mes spermatozoïdes qui se plaignaient dans une espèce de logorrhée revendicative : « Oui, on nous laisse toujours à l’intérieur, nous, nous n’avons jamais le droit d’aller nous promener, quand nous sortons de notre ergastule, bien souvent, c’est pour nous laisser agoniser sans aucune attention… » « Au lieu de vous plaindre, vous feriez mieux de vous soucier de l’avenir de nos forêts. Regardez, on a dû arracher plein d’épicéas à cause de l’invasion de bostryches. Il y a bien plus malheureux que vous, les mecs ! » Et là, une grande lassitude m’a de nouveau envahi et je suis rentré chez moi car je voulais faire dronte. Pardon, faire dodo.