Bonjour madame la boulangère, vous allez bien ? Moi aussi, merci. C’est trop tôt pour une baguette d’épeautre ? Ah mais ce n’est pas grave, j’ai une course à faire dans le quartier, je repasse dans une dizaine de minutes. Peut-être quinze. Alors à tout à l’heure, madame la boulangère, oui. Oui, oui, ça va. Mais je ne vais pas vous déranger plus longtemps à cet instant précis, il y a des gens qui attendent, on parlera un peu plus quand je reviendrai, d’ici une petite quinzaine de minutes, hein ?

Ah tiens, pendant que j’y suis, je vais aller voir si la couturière a terminé de refaire les poches de mon jeans. Ça fait au moins un an que je lui ai porté mais elle n’arrête pas de me dire que c’est tellement compliqué de découdre des poches trouées pour en remettre d’autres qu’elle n’arrête pas de reporter ce travail. Je crois qu’elle n’est pas spécialement motivée sur ce coup-là. Comment je pourrais lui reprendre élégamment pour l’emporter chez une autre, pour avoir un avis différent ?

Qu’est-ce qu’il fait bon, ce matin ! J’aime bien des températures comme celle-ci. Il y a un peu d’air sans qu’il fasse frais et on sent le soleil qui est tout proche. Je pense que l’orage sec de cette nuit a fait dégringoler cette espèce de moiteur insupportable d’hier soir. En tout cas, on n’annonce pas de pluie pour aujourd’hui, ça tombe bien parce que comme j’ai encore mis un bermuda et que je porte des sandales, j’aime autant qu’il ne pleuve pas tant que je suis dehors avec cet équipement estival.

Ah tiens ! Ils ont bien avancé les travaux dans ce nouvel immeuble. J’en vois une partie de chez moi, quand je suis sur ma terrasse mais là, je me rends nettement mieux compte de ce qui est déjà fait, c’est normal, je suis sur place. Pas besoin de prendre mes jumelles pour voir, là, je suis aux premières loges. Au fait, j’ai pris mon téléphone ? Où est-ce que je l’ai mis ? J’espère que je ne l’ai pas fait tomber, je n’aime pas le mettre dans la poche arrière de mon bermuda. Ah, il est là, dans mon sac.

Bon, ben ça y est, j’ai posté ma lettre pour Christian de Lille et je vais pouvoir retourner à la boulangerie. J’espère qu’il n’y aura pas trop de monde car à partir d’une certaine heure, on peut facilement faire la queue. Ah non, ça va, il n’y a qu’une personne devant moi. Oui, madame la boulangère, c’est de nouveau moi. Les baguettes d’épeautre sont prêtes ? En fait, je ne vais pas en prendre, je ne veux pas de pain, ce matin. Je vous remercie quand même. Combien je ne vous dois pas ?