Il paraît que Zola s’est un peu ennuyé en écrivant le 8ème volume des Rougon-Macquart, situé entre L’assommoir et Nana : Une page d’amour et moi, ce fut tout le contraire car depuis plus de vingt ans après ma dernière lecture de ce roman, j’en avais oublié les principaux tenants et aboutissants même si, au fur et à mesure, beaucoup de choses me revenaient en mémoire car j’ai déjà dû le lire deux ou trois fois, comme tous les autres tomes de cette saga. Je ne me suis pas ennuyé car je redécouvre les personnages et on ne lit pas les bouquins de la même façon à vingt, quarante ou soixante ans. Et même si j’ai détesté le « rôle » de la fille d’Hélène, Jeanne, une gamine de onze à douze ans, extrêmement possessive et finalement très capricieuse. Elle faisait déjà partie à l’époque de ce qu’on appelle aujourd’hui les enfants rois.

Bien sûr, comme on dit, autres temps, autres mœurs mais bon, à la fin du dix-neuvième siècle, on peut se demander s’il y en avait beaucoup comme elle, des enfants exclusifs avec leur mère. Cette dernière, dans le roman, est veuve et si ceci explique cela, on n’imagine plus le même genre de situation de nos jours : une femme qui a perdu son mari et qui se retrouve seule avec une fille pré-adolescente et qui choisit de vivre recluse. Une espèce de confinement à deux si on excepte la visite hebdomadaire d’un abbé et son frère. Ouh la la, on est loin de la chanson de Sacha Distel : « La belle vie » mais chacun fait c’qui lui plaît, plaît, plaît, surtout à cette époque-là, à la fois lointaine et proche. Quoiqu’il en soit, en arriver à se laisser mourir à douze ans par jalousie quand sa mère décide de vivre un peu sa vie, c’est très mélo.

Comment, j’ai dévoilé la fin du livre ? Excusez-moi, c’est un classique parmi les classiques, il y a belle lurette qu’il n’y avait plus rien à déflorer dans ce bouquin. Mais je voudrais ajouter qu’en le terminant, avant-hier soir, j’ai pleuré dans mon lit car malgré tout, Zola a du talent (il ira loin cet homme-là, croyez-moi, j’ai du nez, pour ça) mais je n’ai pas pleuré parce que cette histoire en elle-même est triste, non. J’ai tout bêtement pleuré quand Zola décrit l’agonie de la fillette, ses derniers soupirs et son dernier souffle et la description très « naturaliste » de l’auteur m’a rappelé les derniers instants de mon père, en janvier dernier. Comme Hélène, la maman de Jeanne qui se meurt, j’étais au chevet de mon père, avec ma mère, mon grand-frère et le président, quand la même chose est arrivée à mon père et ça, franchement, c’était trop.