Ça y est, la bande-son pour ma future crémation est réellement enfin terminée. L’an dernier, j’avais sélectionné une trentaine d’airs classiques, de morceaux d’opéra et de chansons pour meubler la cérémonie de recueillement mais aussi la crémation en elle-même mais je ne savais alors pas qu’on ne restait pas sur place pendant le barbecue. Non, alors, je me suis servi de l’expérience de cette année, quand mon père est parti, pour retravailler sur une sélection drastique et je n’ai finalement retenu que huit morceaux dont un qui est doublé, soit sept morceaux réellement différents. Et je peux vous dire que le choix a été un peu compliqué parce que, entre le désir de me faire plaisir alors que je ne serai pas là pour en profiter et mon besoin de donner dans le mélodrame pour faire pleurer mes proches, je ne vous dis pas.

Ah tiens, si, je vais vous dire quand même. Déjà, j’ai éliminé toutes les chansons avec des paroles car finalement, si c’est pour que personne ne les entende vraiment, les textes, ça ne sert à rien. Et en plus, pour certaines d’entre elles, comme il y avait un peu de rythme, pour peu que ça donne envie à mes proches de taper dans les mains en chantonnant de leur côté, ils ne seront pas là pour faire tourner les serviettes ou alors, autour de leurs yeux, mais pas plus. Non, non, je n’ai choisi que des airs instrumentaux sauf pour le dernier, qui est une chanson avec le texte, d’une part et dans la version doublée, orchestrale, je vais créer la surprise mais restez jusqu’au bout de ce billet si vous voulez savoir quoi. Ça sera la surprise du chef et tant qu’à faire, autant ne pas faire comme tout le monde, enfin, il me semble, à moi.

Alors, en première mondiale, sachez avant tout le monde et avant l’heure que lors de la cérémonie civile de recueillement me concernant, juste après que j’aille brûler mes ailes dans le four crématoire, vous entendrez Le chœur à bouches fermées de Puccini, extrait de l’opéra Madame Butterfly. Puis, l’air du Duo des fleurs pour piano et violoncelle, extrait de l’opéra Lakmé de Léo Delibes. Ensuite, une version musicale légèrement jazzy d’une chanson très peu connue de Sheila : E6 dans le quinzième (avec du saxophone) suivie de Koblalariak de Peio Serbielle, un chant basque. Ensuite, la version instrumentale au piano d’Un homme heureux de William Sheller et l’incontournable Nessun Dorma de Puccini, extrait de l’opéra Turandot. Ah zut, je n’ai plus place pour la surprise. Tant pis, il vous faudra venir pour savoir.