Un jour, toi aussi, tu seras vieille et quand tu seras au coin du feu, en rependant à ta jeunesse, tu ne pourras pas effacer les outrages du temps et tu te lamenteras en te disant « si j’avais su » … Mais si tu avais su, est-ce que cela aurait pu changer quoi que ce soit ? Ce n’est pas la vieillesse qui t’aura rendu seule, ce n’est jamais la vieillesse qui rend seul, non, c’est souvent soi-même. Tu n’auras jamais été aimable et pourtant, je pensais que tu le savais, que pour être aimé, que pour que tu sois aimée, encore aurait-il fallu que tu fusses aimable, ce qui ne me semble pas avoir été ta qualité première, tout au long de ta vie durant. Je suis désolé de te dire ça, ce n’est pas de la méchanceté de ma part, non, c’est juste une mise en garde. Et non, je ne cherche à prendre aucune revanche. Pas de rancune.

Enfin, je pense que je n’ai pas de rancune. Et je suis même assez content qu’aujourd’hui, je puisse te parler quasi normalement parce que ça n’a jamais été vraiment possible entre nous, jusqu’à présent. Bien sûr que je t’en ai voulu, parfois. Souvent, oui, tu as raison. Tu es assez lucide, finalement pour une personne telle que celle que tu es. Mais bon, là, en ce qui te concerne, il faut bien que quelqu’un te dise certaines vérités objectives. Ce ne sont pas mes vérités, ce sont des évidences. C’est parce que tu as passé ta vie à la survoler mais surtout à ne pas t’occuper des autres. En tout cas, à faire comme si tu aimais t’occuper des autres mais on n’a pas le choix, on est gentil avec tout le monde ou on ne l’est pas. Toi, tu as décidé d’être gentille à la carte. Et tu as fini par oublier ceux autour de toi.

Un jour, toi aussi, tu seras vieille et quand tu te regarderas dans un miroir, tu ne te reconnaîtras pas. Non pas parce que tu auras pris des rides, peut-être beaucoup, non ; non pas parce que ton corps se sera affaissé et parce que ta bouche tombera dans une mimique disgracieuse, non ; mais plutôt parce que tu auras tellement été refaite que de toute façon, tu n’auras plus rien en commun avec qui tu étais autrefois. Je n’irai pas jusqu’à dire que tu seras devenue hideuse parce que je ne suis pas comme ça, moi, je tourne ma langue sept fois dans mon esprit avant d’écrire quelque chose, surtout depuis quelques temps mais j’ai le droit de penser ce que je pense. Et puis tu sais quoi ? Quelque part, je m’en fous que tu vieillisses mal. C’est un problème à gérer entre quatre-z-yeux : toi et toi.