Bonjour mesdames et messieurs. Bonjour à tout le monde. Hmm, hmm. Pardon, excusez-moi. Hmm, hmm. Je vous disais donc bonjour à tous et à toutes. Je suis heureux de vous voir réunis pour cette conférence sur l’art de l’éloquence pour aller droit au but… Hmm, hmm. Je pourrais avoir un verre d’eau, s’il vous plaît ? Ou même carrément une bouteille ? Merci. Hmm, hmm. C’est désagréable, j’ai comme un chat dans la gorge et je pense que c’est parce que ça me stresse un peu de prendre la parole en public. Je n’ai pas l’habitude. C’est très intimidant. Et moi, de toute façon, je pense que je suis meilleur à l’écrit qu’à l’oral alors c’est dire si je me fais violence, ce soir. Merci pour la bouteille d’eau. Excusez-moi, je vais en boire tout de suite pour m’éclaircir la gorge. Glou, glou, glou. Hmm, hmm, je crois que ça va mieux, là. Je disais donc que je vous remerciais tous et toutes d’être venus si nombreux pour assister à … hmm, hmm…

D’être venus si nombreux pour assister à ma première conférence sur l’art de l’éloquence pour aller droit au but. J’aurais pu évoquer plein d’autres sujets mais j’ai préféré sortir de ma zone de confort et aller là où personne ne m’attendait : aller droit au but. Hmm, hmm… Glou, glou, glou. Excusez-moi. Hmm, hmm. Décidément… Oui, parce que moi, je suis plus connu pour mes digressions, mes circonvolutions (même si ça ne plaît pas aux puristes) et mes circonlocutions. Oui, je circonlocute facilement. Mais c’est normal vu les nombreuses sinuosités et les moult méandres de mon cerveau. Et donc, là encore, je me suis fait violence, hmm, hmm, pour parler de quelque chose que je ne maîtrise pas forcément : aller droit au but. Et c’est justement parce qu’on pourrait me reprocher de beaucoup me diluer que j’ai trouvé ça très pertinent de parler de mon contraire. De ce dont je ne suis pas forcément capable. De mon idéal d’écriture.

Hmm, hmm… Glou, glou, glou… Hmm, hmm. Avant tout, je dois reconnaître que si j’ai cette capacité à tourner autour du pot comme je le fais la plupart du temps, c’est parce que je suis un fumiste. En réalité, mon seul talent, c’est de savoir noyer le poisson et d’être tenté de jeter le bébé avec l’eau du bain-marie. Je suis un illusionniste. Si j’avais eu la moindre once de talent, j’aurais déjà publié des poèmes, des nouvelles, des romans ou que sais-je encore. Des pièces de théâtre, des vraies, oui, aussi. Et des chansons, itou. Mais non, je connais mes limites et je ne dis pas ça parce que je veux qu’on me flatte. Pas plus par fausse modestie ou véritable prétention. Non, je dis ça parce que tout est vrai, pour une fois, dans un billet que j’ai écrit. Hmm, hmm. Et donc, maintenant, vous comprenez sans doute mieux pourquoi je voulais tant vous parler de l’art de l’éloquence pour aller droit au but. Pardon ? Le temps qui m’était imparti est terminé ?