Et puis monsieur, madame, mademoiselle, et puis monsieur, madame, mademoiselle : sachez qu'en ce moment, je suis bien fatigué, j’en ai marre, je voudrais bien me reposer…

Oui, je suis comme dans le morceau d’Hugues Le Bars, j’en ai marre. Sur la voix d’Eugène Ionesco, j’ai cette valse lente en tête. Elle m’est revenue en pleine figure et en plein cœur, j’en ai marre. Moi aussi, je suis fatigué. Et peut-être que c’est ma vie un peu dissolue de tout l’été où j’ai quitté le foyer conjugal au moins dix fois mais dix fois, je suis revenu. Je reviens toujours, moi. Et même parfois sur mes décisions, sur mes doutes et même les quelques certitudes que je peux avoir. J’en ai assez peu mais elles sont tenaces, les rares que j’ai. Et je sais qu’elles déplaisent mais qu’y puis-je ? Comme le chantait Juliette Gréco, je suis comme je suis à la différence que moi, je ne hais pas les dimanches. Et comme le chantait Serge Reggiani, il suffirait de presque rien… Oui mais non. Là, il aura suffi de presque rien pour que je te dise je t’aime… Je reviens toujours et quand je dis les choses, c’est parce que je les pense. Ce n’est pas à mon âge que je vais commencer à raconter des craques pour me faire bien voir. Non, vraiment, je suis juste fatigué, je ne sais pas pourquoi. Ou alors, je ne le sais que trop bien. Mais il est tant de chose que je ne dirai jamais ici. Des choses que je préfère garder pour moi plutôt que les mettre en place publique…

J’en ai marre, j'en ai marre d'aligner des paroles et des paroles, pas compris, c’est ma façon faire de la musique sans musique ; je suis bien fatigué, j’en ai marre, je voudrais bien me reposer…

Je me souviens de cette valse lente mais surtout, hypnotisante. Elle préfigurait peut-être déjà ce que j’allais ressentir en cette fin d’été 2021 alors que je vous parle d’un temps que les moins de trente ans ne peuvent ni connaître, ni comprendre. Je vous parle d’un temps où j’étais souvent malheureux car je me suis beaucoup cherché mais j’ai aimé cette propension que j’avais ai mal-être. Ça m’a permis d’écrire beaucoup de poésie et de dialogues dans lesquels je vivais par procuration tout ce que je ne pouvais pas vivre dans la réalité. J’ai tutoyé la schizophrénie, peut-être mais je m’en suis sorti du mieux que j’ai pu. Avec quelques séquelles mais peu importe, ça m’a construit. Ça m’a construit mais aujourd’hui, je me sens fatigué et j’en ai marre. Pas de la vie. Non, de tout ce qui me la rend désagréable. J’ai beau essayé de m’en moquer, je n’y arrive pas. J’ai beau essayer de faire comme si, je n’y arrive pas non plus. Alors, je suis fatigué et j’en ai marre. Eh oui, messieurs, mesdames et mesdemoiselles, je fais de la musique sans musique et je suis un peu triste mais ça va passer. Tout finit par passer si on sait être patient. Tout finit par lasser ? Je ne sais pas. J’ai ma petite idée mais là encore, je vais la garder pour moi…

Et puis monsieur, madame, mademoiselle, et puis monsieur, madame, mademoiselle : sachez qu'en ce moment, je suis bien fatigué, j'en ai marre, je voudrais bien me reposer.