D’un battement de cil en ce lendemain de retour à Bordeaux, d’un battement de cil en ce si lent silence… Plutôt qu’une interruption du son et de l’image, j’ai envie de dire qu’il s’agit d’un long soupir. De ces suspensions de respiration, il en existe tant et tant, toutes aussi différentes les unes que les autres. Il existe des soupirs d’ennui mais je ne connais pas l’ennui, ni le jour, ni la nuit. Je ne connais pas l’ennui car j’ai toujours quelque chose à faire, des choses à écrire et/ou à lire, des gens à qui penser, des idées vagabondes qui occupent mon esprit même quand j’aimerais appuyer sur pause. Il y a des soupirs de bien-être quand on se sent bien avec quelqu’un, de préférence l’être aimé et que nos corps viennent de communier en plus de nos consciences. Et il y a les soupirs d’attente.

D’un battement de cil en ce si lent silence, je sais que je pousse des soupirs qui n’arrangent rien à ces assourdissants silences. Mais ce ne sont pas de ces soupirs qui passent sous certains ponts comme bien des amoureux qui voguent l’un contre l’autre alors que ça aurait pu être des soupirs d’aise. Aussi des soupirs d’agacement ou d’exaspération. Mais non, moi, je soupire comme on le fait en musique. Juste pour indiquer un silence. Volontaire, cette fois. Alors que celui qui nous a envahis, nous le subissons. Ne faisons-nous que subir ce qui nous arrive ou l’avons-nous plus ou moins provoqué ? Y a-t-il des silences éloquents ? Et toujours, toujours ces soupirs de très longue attente.

D’un battement de cil en ce si lent silence, je fais des allitérations en silence. Je me suis muré dans des doutes entourés de certitudes. Je ne sais que penser. On dit que la parole est d’argent et que le silence est d’or donc, j’en suis devenu cousu. Il m’aura fallu moins d’un été entier pour devenir riche. Riche de ces silences entre nous. Et de m’y accoutumer, hélas. De m’y accoutumer. Hélas et là, c’est terrible car je sais que je m’y habitue et que ça exacerbe ce que je pense et ce que je ressens. Je suis peut-être trop sensible ou sensibilisé. Là, je ne m’y fais toujours pas vraiment. Il y a des choses plus faciles à tenter de faire changer que d’autres. Moi ? Je ne sais pas de quel côté je me trouve. Juste du côté du silence. D’un si lent silence. Et encore, et toujours, ces soupirs de trop longues attentes.