Tu veux que je te fasse visiter le rêve que j’ai fait cette nuit ? Attention, je vais te montrer tout ce que je peux mais peut-être que tu ne seras pas aussi sensible que moi à ce que j’ai vécu, pendant que je dormais. Alors, viens, suis-moi et fais gaffe où tu mets les pieds, moi, je connais tous les endroits de mon rêve mais pas toi. Tu vois, là-bas, c’est la Tour Eiffel, on ne la voit pas bien mais attends un peu que les feux d’artifice commencent et tu vas en prendre plein les mirettes. Parce que tous les ans, au 14 juillet, d’ici, on en voit partout, des feux d’artifice. Et là, c’est mon arbre secret, là où j’ai déposé des carnets, à une époque, des carnets qui ressemblaient à un journal intime. C’était ma cachette. Et là, fais attention où tu mets les pieds, je n’ai pas passé le débroussailleur, dans ce coin.

Arnold est venu ici, avec Micha, je m’en souviens bien, c’était à l’été 1989, au moment du bicentenaire de la Révolution et on s’était arrosés avec le tuyau du jardin mais Arnold, depuis, il y a longtemps que je ne l’ai pas vu. Mais attends, si ça se trouve, je vais pouvoir te le présenter, il fait partie de mes meilleurs amis, on se connaît depuis 40 ans. Tiens, le voilà ! Mais il dort ? Oh la vache, il a vieilli ou ce sont mes yeux qui ne voient plus les choses dans leur réalité ? Et là, c’est quand on a mangé des huîtres sur le port de Saint-Tropez. Non, je n’y ai jamais mangé d’huîtres. Mais j’y ai bu un peu de rosé et le goût du vin me faisait penser à des huîtres. Et Arnold, viens, je te présente… Là, c’est moi, au cas où tu ne me reconnaîtrais pas. Et là, c’est… Pardon, c’est quoi ton nom à toi, déjà ?

Moi ? Je continue d’acheter des composants électroniques. Mais ils sont devenus tellement petits, depuis le temps, que je suis obligé d’en gérer encore plus qu’avant. Probablement des millions. Peut-être même des milliards. Tiens, tu veux un autre verre de rosé ? Il ne fait pas très chaud, ici mais ça fait du bien quand même, ça rafraîchit. Et là, en bas, je ne sais pas si tu en vois le toit, il y a une tout petite maison avec juste deux pièces. Mais il faudrait tout refaire. Ou tout abattre. Ou repeindre les murs en gris. Tiens, je te présente Arnold. Il parle mieux français que ce qu’ai cru pendant près de trente ans. Avec lui, on communique surtout en anglais. Et parfois, ici, vu de là-bas, en haut, je vois passer des écureuils. Tiens justement, regarde. Zut, il faut que je me lève pour aller faire pipi, encore.