C’est une autre question que je me pose souvent : ai-je conscience du temps qui passe quand il passe ? A-t-on généralement conscience du temps qui passe, tout autant que nous sommes ? Parce que bien souvent, il me semble bien qu’on ne s’en rend compte qu’il fois qu’il est passé, le temps et alors là, c’est souvent trop tard. Comme on le dit toujours : avant l’heure, ce n’est pas l’heure et après l’heure, ce n’est plus l’heure et ce qui est fait, n’est plus à faire et chacun chez soi et les moutons seront bien gardés. Alors voilà, aujourd’hui, je pose solennellement la question : avons-nous conscience du temps qui passe quand il passe ? Avons-nous la chance ou le malheur de nous rendre compte que ce qu’on vit va très vite disparaître et faire partie des souvenirs, bons ou mauvais ?

Parce que pardon, excusez du peu, mais moi, le « carpe diem », ça va cinq minutes parce que, en général, je suis plus à m’inquiéter pour l’avenir et à m’attrister sur le passé pour pouvoir pleinement vivre l’instant présent. Alors, en fonctionnant comme ça, il est tellement évident que je ne peux pas avoir cette conscience du temps qui passe pendant qu’il passe. Pendant qu’il ne fait que passer. Et un autre jour, pas forcément un beau jour, on se rend compte qu’on a quelques rides de plus au coin des yeux, un peu en-dessous des aisselles et dans certains autres creux du corps ou du visage. Et ça, il me semble bien que la veille, ce n’était pas là. Ça veut bien dire que je n’ai pas vu le temps passer quand il est passé. « Vous qui passez sans me voir, sans même me dire bonsoir, donnez-moi un peu d’espoir… »

Tiens, toi, par exemple, tu es brutalement devenu quelqu’un d’autre. Je ne sais pas si je vais savoir m’y faire et je n’ai pas vu ce changement arriver. Je n’ai pas voulu le voir. Il n’est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre et je n’ai rien voulu voir. J’ai préféré faite l’autruche et ne pas affronter cette réalité, mon vieux. Et toi, aussi, quand je pense que je n’ai pas vu que du temps était passé, j’ai failli me perdre de mes absences et je te remercie encore d’avoir respecté mon besoin de silence mais j’aurais pu perdre bien plus que mes absences. Du temps a passé sous certains ponts et moi, je me suis retrouvé là, sur une berge inconnue et à me demander mais qu’ai-je fait pendant tout ce temps ? « Je n’ai pas vu le temps passer, ces temps-ci, ces temps derniers et le jour viendra, à l’heure de ma mort où… »