D’ailleurs, sa secrétaire, au docteur Lenoir, rhumatologue au Tréport, sa secrétaire, si vous voulez que je vous lâche une confidence (c’est toujours mieux que de lâcher une caisse, c’est ce que je dis toujours aux livreurs qui viennent chez moi ! – oui, je sais, il paraît que j’ai un humour de mec, un humour de beauf’…), je peux juste vous dire que si ça se trouve, entre madame Nivelle, Marie-Pierre-Jeanne Nivelle, si ça se trouve, avec le docteur Lenoir… Je dis ça, je ne dis rien, je n’ai pas le droit de parler d’une affaire en cours tant qu’on n’est pas sûr de ce qu’on dit parce que sinon, après, ça fait courir des rumeurs et des fake-news et ça nous empêche de bien faire notre boulot. Surtout mes subordonnés. Moi encore, ça va, j’arrive à prendre du recul. S’ils avancent, mes sbires, moi je recule.

Moi, je le sais que je suis drôle. Je me fais rire quand je fais des blagues mais les autres, ils ne comprennent jamais que je fais de l’humour. Le médecin-légiste encore moins que les autres. Quand il a autopsié la femme du docteur Lenoir et qu’il m’a montré les organes de la victime, je n’ai pas pu m’empêcher de lui demander : « Alors, toubib, il était une foie ? »  Moi, si on me l’avait faite, j’aurais éclaté de rire mais lui, il a haussé les épaules. De toute façon, je le trouve coincé, moi, le légiste. Il vouvoie tout le monde, le père Degant alors que moi, je tutoie tout le monde. En tout cas, dans le commissariat. Bon d’accord, mes hommes, eux, ils me vouvoient mais c’est normal, je suis leur chef, leur supérieur hiérarchique. Hiérarchiante, aussi, je sais mais je suis comme je suis, je ne me referai pas.

Mon premier adjoint, le lieutenant Zola, on le surnomme Gorgon parce qu’il a plein de drôles de taches bleutées sur la figure, mon premier adjoint, donc, c’est lui qui m’a résumé l’affaire quand je suis arrivée sur les lieux du crime, l’autre soir. Degant était en train de finir d’analyser le cadavre de la mère Lenoir et il m’a fait les premières constatations : « Elle est morte ! » « Depuis combien de temps, toubib ? » « Je pense qu’on l’a frappée avec une objet qui fait mal ! » « Merci, Gorgon mais je parlais au toubib, là ! » « Depuis pas longtemps, la raideur cadavérique n’est pas encore totale mais je vous en dirai plus quand je l’aurai ouverte, la victime. » « Pour l’instant, toubib, si vous ne savez rien, fermez-la, ce n’est pas la peine de se perdre en conjectures. Moi, j’aime les faits. Que du factuel ! »