Je me souviens de mon premier joint. En même temps, quand je dis « premier », ça n’était le premier que parce que je n’en avais jamais fumé mais ça n’a pas été le premier d’une très longue série non plus. En réalité, j’en ai fumé un second, quelques temps après mais ensuite, comme j’ai respecté la langue française, il n’y en a pas eu un troisième car sinon, j’aurais parlé du deuxième et pas du second. Bref, le premier joint que j’ai (partiellement) fumé, je me souviens parfaitement que c’était avec un mec qui m’impressionnait mais qui m’aimait bien et moi, comme il me faisait un peu peur, je ne pouvais pas faire autrement que l’aimer bien aussi. Momo. D’origine algérienne. Plus vieux que moi. Il habitait rue des Petites Boucheries. Et j’ai goûté à son joint et j’ai eu mal à la tête. Bof, hein ?

Le second joint que j’ai tenté de fumer (tout aussi partiellement) que le premier, idem. Là, en revanche, je n’ai pas spécialement souvenir avec qui j’étais, du moins, pas précisément. C’est un peu flou dans  ma tête et je pense que ça n’a rien à voir avec la fumette, c’est juste qu’il y avait plusieurs personnes mais quand j’ai retenté le coup, ça ne m’a toujours pas plu. Et j’ai rapidement eu de nouveau mal à la tête. Finalement, heureusement que j’ai été migraineux dès l’âge de 15 ans, ça m’a évité de plonger dans certaines addictions. Un peu comme si mon corps me disait non alors que mon esprit me susurrait oui. L’envie de partager certains plaisirs interdits, défendus, illégaux… Je passais pour un mec étrange qui ne prenait rien mais on m’acceptait tel que j’étais. C’était déjà ça. Pas mal.

On a aussi tenté de me faire sniffer un truc. C’était en 1979. Je devais partir pour mes « 3 jours » à Limoges et ça me mettait dans un tel état que la fleuriste, Violette, rue Châlon, une copine à moi, m’a proposé de me faire oublier mon angoisse en me faisant renifler une poudre farineuse. Tu vas voir, tu seras plus détendu, après, qu’elle m’avait dit. Je n’avais qu’une conscience un peu flou qu’elle se droguait et j’étais un peu innocent. Ça m’a fait éternuer. Rien d’autre. À part un énième mal de tête. Comme si c’était systématique, chez moi. Bref, je n’ai pas aimé non plus. Et ça m’a libéré de toute autre drogue pour le reste de ma vie. En tout cas, jusqu’à aujourd’hui. On verra ce que l’avenir va me réserver. En tout cas, pour commémorer mon premier joint, je pense que le premier juin, c’est bien.