Je le savais ! Je l’ai même toujours sur : loin des yeux, loin du cœur. Je me souviens l’avoir déjà dit il y a au moins trente ans à Karine. À l’époque, c’était surtout pour la remettre à sa place car elle me faisait du rentre-dedans pour devenir amie avec moi et moi, j’étais circonspect. Et méfiant. Une amie aussi jeune qu’elle (nous avons douze ans d’écart), j’avoue que ça ne me faisait pas vibrer et Dieu (s’il existe) sait combien je l’ai freinée les deux pieds sur la pédale ad hoc. Mais contre mauvaise fortune, j’ai fait bon cœur face à celui de Karine et je me suis laissé séduire par celle qui allait donc devenir ma meilleure amie. On a toujours besoin d’une meilleure amie. Elle l’est toujours un peu restée, d’ailleurs même si la vie a fait qu’on s’est éloignés l’un de l’autre, géographiquement et autre parlant.

Ensuite, il y a eu mon déménagement de la région parisienne à Bordeaux et un changement d’environnement professionnel et humain et des nouveaux amis, toute une bande dont il ne reste pas grand-monde avec le temps qui est encore passé par là. Et il y a eu le milieu du mareyage, pendant quatorze ans, ce qui est loin d’être rien. Et là, au fil des jours, des semaines, des mois et des années, je me suis fait quelques bons potes, quelques bons camarades et quelques rares ami(e)s. Et j’ai quitté tout ce petit monde l’an dernier, le 23 mars et ça fait donc un peu plus d’un an et un confinement entre nous. Si j’en ai revu deux ou trois, plutôt deux que trois, d’ailleurs, depuis… Non, c’est surtout que si j’en ai eu deux ou trois au téléphone ou par SMS, c’est vraiment le maximum.

Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise attitude. J’ai arrêté de travailler. Eux, ils ont continué et nos vies ont pris des chemins séparés et on a beau dire, quand il y a une telle coupure, à moins d’avoir été liés par une très, très solide amitié, il y avait tous les risques que ça finisse en eau de boudin. Et ça s’est bel et bien terminé en eau de boudin. Je n’ai plus de nouvelles de personne, j’ai laissé des messages vocaux et des SMS dans le vide. Je n’ai plus ma place auprès d’eux. Il fallait que je l’accepte pour pouvoir passer à autre chose. Attendre une éventuelle quinzaine ou une vingtaine d’années pour qu’on ressente le besoin de se revoir pour parler ensemble du temps jadis. Pour l’instant, c’est toujours sans aucunes nouvelles de mes ex-collègues dans le mareyage… Donc ? Tant pis pour eux.