Je me souviens  bien, ça fera 63 ans demain et après-demain (je sais qu’on ne doit jamais rien souhaiter en avance mais là, je ne souhaite rien, je commémore, ça n’est pas tout à fait la même chose !) et c’était un peu l’ébullition, rue du Palais, à St Maixent l’École, dans les Deux-Sèvres dont l’une passe au bout du jardin depuis toujours. C’était l’ébullition car la veille d’un mariage, tout le monde est un peu sur le pont surtout que là, la noce devait durer deux jours, un jour pour la cérémonie civile, à la mairie et un deuxième jour, pour la messe religieuse, dans l’abbatiale. À l’époque, j’étais si petit que je ne savais pas que ma mère n’était pas vraiment pour les curés. J’étais bien trop jeune, bien trop minuscule, je n’avais pas encore voix au chapitre. Loin s’en fallait.

Je me souviens bien, la grand-mère Girard mariait sa deuxième fille et il en restait encore trois, derrière. Elle avait déjà vécu ça avec l’aînée, Jeannette mais elle était quand même heureuse car marier une de ses filles, ce n’est jamais rien. Et le grand-père, lui, il montrait moins ses émotions. Du côté des parents du marié, je ne les ai pas vus, la veille (je vais être longtemps avant de faire leur connaissance) mais je suppose que c’était quand même un grand événement pour eux. Surtout que là, c’était le premier des trois enfants Girault qui se mariait. Avec son costume d’apparat de l’armée. La mariée, elle, elle était en blanc, comme il se doit. Moi, je n’étais pas invité aux cérémonies, ni à la fête, en ces temps reculés, les enfants n’étaient pas les rois, comme bien souvent, aujourd’hui.

Je me souviens, il y aura 63 ans demain et après-demain, mes parents se sont mariés. Ce fut une belle et grande noce mais sans chichi, comme on savait les faire dans les milieux modestes, enfin, je veux dire, quand on n’appartenait pas à un milieu bourgeois ou quand on ne faisait pas partie de l’élite. La fête n’en fut pas moins belle pour autant. De mes cousins et cousines, il n’y en avait pas encore beaucoup, probablement qu’un seul, si mes souvenirs sont bons. Eux et moi, nous naîtront après, progressivement, les uns après les autres mais il n’empêche que je garde un excellent souvenir de ce mariage auquel je n’ai pas assisté vu que je n’existais pas encore mais c’est comme si je pressentais que quelque chose allait se passer. Dont mon arrivée, deux ans et demi après.