Tiens, Stéphane, on n’a qu’à aller par-là, dans les vieilles ruelles, il y aura peut-être moins de monde qu’ici, on est trop proche de la mer, là, je trouve et ça attire la foule. Bon, il doit avoir raison, lui. Sauf que même s’il a raison, lui, là, je ne sais pas ce que je fais ici, avec lui. En plus, je ne sais même pas qui il est, je ne l’avais jamais vu avant qu’on se retrouve, là. Mais on est où, d’abord ? C’est drôle, au bout, là-bas, il y a un remblai, comme aux Sables d’Olonne mais on n’est pas aux Sables, non, sinon, je reconnaîtrais les rues, j’y suis venu chaque année pendant 25 ans, c’est comme le vélo, ça ne s’oublie pas. C’est aussi étrange d’être quelque part sans savoir trop où ni avec qui et de voir autant de monde malgré le confinement. Le pire ? Je ne sais même pas s’il fait jour ou s’il fait nuit.

Reste à côté de moi, Stéphane, sinon, avec la foule, on risque de se perdre et après, on aura du mal à se retrouver, fais attention. Bon d’accord sauf que le temps qu’il finisse sa phrase, je ne le vois plus. J’ai beau regarder devant, derrière, à gauche et à droite, il a totalement disparu. Et je ne peux même pas l’appeler, je ne connais pas son prénom. Et je me vois mal en train d’essayer d’arrêter le mouvement de cette foule compacte pour demander à quelqu’un « vous n’avez pas vu je ne sais pas qui, je le cherche ? » Non, tant pis, je crois que je vais appeler à la maison, ce sera plus simple ! Si on ne me bouscule pas trop. Oh putain ! Avec tout de monde qui joue des coudes, j’en ai pris un coup dans mon bras droit et mon doigt à ripé. J’ai tout supprimé : contacts, SMS, agenda, je n’ai plus rien !

Comment je vais faire pour appeler chez moi ? En plus, la marée monte et sur les rochers, ce n’est pas très facile de marcher avec tout ce monde. C’est quoi, déjà, son numéro de téléphone ? Ah tiens, il sonne, on m’appelle. C’est peut-être lui. Allo ? Stéphane, bonjour, ça va ? Euh, qui c’est ? C’est Arielle, tu ne me reconnais pas ? Arielle ? Arielle Dombasle ! Oui, je voulais juste savoir comment se passait ton confinement ? Ah oui, Arielle Dombasle. Eh bien, à part la foule, ça se passe bien. Sauf que j’ai tout supprimé dans mon téléphone, je n’ai plus rien dedans. Et vous ? Avec votre… Avec B.H…. Enfin, chez vous, ça va aussi ? Quelle heure est-il, là ? 2h58 ? Oh, je crois que je vais me lever pour aller pisser. C’est étrange, je viens de rêver de choses bizarres mais je ne me souviens plus quoi.