Allo, bonjour, c’est moi. Bonjour, c’est moi aussi. Ça va ? Bof et toi ? Bof aussi. Tu sais, en ce moment, on n’a pas le choix, si on n’est pas malade, il faut bien que ça aille. Ouais, moi aussi.

C’est vrai que cette période de confinement n’a pas élevé le niveau des communications entre les gens, globalement parlant, j’entends. En temps normal, celui d’avant, qu’on ne retrouvera peut-être  jamais plus vraiment, on avait déjà un niveau assez bas, quand on entendait des gens parler à d’autres, dans leur portable, suffisamment fort pour que tout le monde en profite, comme si leur (petite) vie (insignifiante) pouvait intéresser les autres. Le doigt dans l’œil, tant qu’on ne leur dit pas.

Allo, bonjour, c’est moi. Bonjour, c’est moi aussi. T’es où ? Ben, j’suis chez moi et toi ? Chez moi aussi. Tu sais, en ce moment, on n’a pas trop le choix, on est souvent chez soi, hein ?

Je ne suis pas meilleur que les autres mais si j’appelle des proches ou des moins proches, c’est vraiment parce que j’ai envie de prendre de leurs nouvelles et de savoir si leur confinement se passe le mieux possible. Je n’aimerais pas que des personnes que j’aime un peu, beaucoup, passionnément ou à la folie soient dans une situation un peu critique. Alors, comme je m’inquiète, je m’enquiers d’eux. Je veux leur rappeler que nous ne sommes pas en relation que pour faire la fête entre nous.

Allo, bonjour, c’est moi. Bonjour, c’est moi aussi. Qu’est-ce que tu fais ? Ben, j’fais rien et toi ? Pareil, j’fais rien de spécial. Tu sais, en ce moment, on a vite fait le tour. Ouais, moi aussi.

Alors même si je préfère l’écrit à l’oral, les choses qui restent à celles qui s’envolent, depuis le début de ce confinement, j’ai pris l’habitude de revenir aux appels téléphoniques. Pour celles et ceux qui sont sur Bordeaux, je me dis que s’ils avaient besoin de quelque chose, je leur proposerais mon aide. Jusqu’à présent, ça ne s’est pas présenté mais je suis disponible. Je suis réserviste en services à rendre. Et puis au moins, depuis qu’on est reclus chez soi, autant que ça serve à nous rapprocher.

Allo, bonjour, c’est moi. Bonjour, c’est moi aussi. C’est dommage qu’on puisse pas se voir en vrai, hein ? Ouais, c’est dommage aussi. Bon, je te laisse, alors ? Ouais, on se rappelle.