En réalité, je viens de comprendre que pire que le confinement, comme situation, il y a celles et ceux qui viennent vous le gâcher. Bon, déjà, même si je dois reconnaître que ce mode de vie en position recluse à 80% de mon temps me conviendrait presque parce que, après tout, ce n’est pas si désagréable que ça de rester un peu chez soi surtout si on n’a pas de problème de santé majeur (ou de problème majeur de santé ?), je dois également dire que j’ai un peu hâte de retrouver certaines bonnes vieilles habitudes : aller au cinéma, aller au spectacle, aller fureter chez Mollat pour voir quels sont les derniers livres sortis et me faire des listes pour les acheter ou encore, aller chez des amis en toute innocence ou en recevoir à la bonne franquette ou en mettant les petits plats dans les grands mais contre mauvaise fortune, je fais bon cœur et je m’adapte. Oh que cette phrase a été longue, il fallait presque se mettre en apnée pour la lire. Que ceux qui manquent de souffle veuillent bien m’excuser.

Et puis voilà que dans cette nouvelle routine, il y en a qui viennent me gâcher mon confinement et je peux vous dire que je l’ai mauvaise. Parce que je ne m’attendais à tout sauf à ça. Même les terroristes, je pense qu’ils ont compris que l’heure était grave et que ce n’était pas le moment de perpétrer des attentats. Je pensais naïvement que tout le monde était (un peu) sur la même longueur d’ondes (non compris les politiques de l’opposition qui aiment bien attiser le feu des critiques au lieu d’être constructifs, pour une fois et les journaleux, qui n’en peuvent plus de se repaître de cet événement inédit) mais je me trompais. Je me suis mis le doigt dans l’œil si profond que je me demande si je ne me suis pas provoqué un toucher rectal involontairement mais ça, c’est une autre histoire. Eh oui, on les avait oubliés, ceux-là, depuis trois semaines qu’on n’entendait enfin plus parler d’eux. Depuis trois semaines qu’on se permettait d’espérer pouvoir revenir à une vie normale, comme avant.

Eh bien non : les cégécons (honte et châtiment sur eux !) ont déposé un préavis de grève pour tout le mois d’avril dans tous les secteurs qui n’ont pas eu la « chance » de bénéficier d’un chômage partiel et/ou technique (c’est vrai que pour les cheminots, non réservistes, le télétravail, c’est compliqué, heureusement pour eux – pour ne parler que d’eux, bien sûr…) et moi, je ne trouve pas les mots pour qualifier ce préavis de grève à un moment où la France a besoin de tout le monde uni. Vis-à-vis des personnels des corps médicaux, c’est un affront incommensurable. Eux, quand ils font grève, ils travaillent quand même, nos soignants pas comme les autres, ces gros nantis plein de leur morgue, persuadés qu’ils sont de penser, parler et agir au nom de tous les travailleurs et même des autres. Mesdames et messieurs les futurs grévistes du mois d’avril, vous devriez avoir honte. Et je vous fais un doigt de déshonneur absolu. Vous pouvez vous le mettre où je pense sauf si ça vous procure du plaisir, ce n’est pas mon but.