Nous couvrirons la couvaison et nous croirons que la corrasion après qui nous courrions en avions sans raison depuis des ravins et des ravins allait pouvoir s’ouvrir d’une simple oraison. Nous cuirons un ourson et un oursin tous deux racornis dans une espèce de cuvaison et nous incurvons des couvains dans le but de les ranger dans des ouvroirs. À nos avirons, nous arrivons et nous nous ouvrirons, pas comme des vaincus nourris au feu des convois. Croirons-nous et sourirons-nous encore ?

Ça sera beaucoup plus difficile d’écrire un texte ne comprenant aucune lettre du mot coronavirus comme les mots en italiques dans le paragraphe précédent. Là, il ne me reste plus que deux voyelles non contaminées : le E et le Y. Que voulez-vous que je fasse avec si peu ? Oui, je sais, je pourrais parler de nymphe, de glyphe, de mythe, de type sent le thym dans un bled mais ça ne satisfera pas mes envies de texte pur, sain et sans risque. Non, je crois qu’il va falloir que je m’y fasse : vivre avec la menace sur moi.

Pendant que j’écoute une excellente version jazzy de Take a walk on a wild side (créée à l’origine par Lou Reed) de Lifescape, je me dis que le confinement peut avoir du bon car il me permet d’écouter mieux Fip et d’y entendre et d’y découvrir encore plus de morceaux qui plaisent et que je note dans un coin pour pouvoir les réécouter un jour. Cette fois, il n’y aura pas de billet classique avec un sujet évoqué. Non, ça sera juste écrit en vrac et comme ça s’est présenté au portillon de mes neurones. Y a des jours…

« Aujourd’hui, tout va bien, je me sens bien dans le creux de tes mains, j’me sens bien… » Même si Camille Bazbaz chante ça, on sait bien qu’actuellement, c’est impossible de vivre un tel moment. Se sentir bien dans les mains de quelqu’un. On ne peut plus montrer qu’on les aime à ceux qu’on aime. On doit se méfier de tout et de toutes et tous. L’autre est devenu un ennemi. Ça durera le temps que ça durera et ça reviendra peut-être régulièrement, qui le sait ? Peut-être que dorénavant, nous ne pourrons plus.

Un nouveau jour s’est levé. Un jour avec du soleil prévu sur Bordeaux, comme depuis le début du confinement. Une météo qui nous fait tourner la tête car on ne la comprend pas : elle nous donne du beau temps comme si nous pouvions nous retrouver dans une clairière pour un pique-nique entre amis ou en famille. Non, elle nous oblige à nous reclure. Nous sommes prisonniers de nous-mêmes. Mon Dieu, si tu existes, ne me soumets pas à la tentation mais surtout, surtout, ne me délivre jamais du mal.