Moi, le confinement ne me pose aucun problème. Parce que j’aime bien rester chez moi aussi. On m’a souvent surnommé le sirop de la rue mais j’ai également un côté casanier qu’il ne faut surtout pas négliger et là, cette obligation de ne pas sortir, finalement, elle me convient bien. Elle me permet de bien profiter de tout le confort de ma modeste demeure. De mon humble domaine. Le plus dur, c’est de me passer de tout mon personnel : mes serviteurs, mes servantes, mon majordome, mon chauffeur, mes cuisiniers, mes jardiniers et mes secrétaires. Bien sûr que je leur ai donné leur congé afin qu’ils puissent bénéficier d’un chômage technique (est-ce la bonne formule ? Un doute m’habite…) et moi, j’apprends à me débrouiller tout seul et j’essaie de tout faire comme un grand.

Bon, je reconnais qu’il y a plus malheureux que moi, néanmoins (voire nonobstant) car franchement, quand je pense qu’il y en a qui n’ont même pas un extérieur là où ils habitent… Non, moi, j’ai de la chance car je peux rester dedans ou aller dehors. En effet, le parc qui entoure ma chartreuse fait plusieurs dizaines d’hectares et ça m’étonnerait que j’y sois contrôlé car personne, pas même la police, ne peut y pénétrer sans mon autorisation. Et si d’aventure, je commençais à m’ennuyer, je peux aller jouer au squash dans la salle réservée à cet usage ou aller piquer une tête dans ma piscine extérieure ou même dans celle, intérieure, à côté du hammam, du jacuzzi et du sauna. Ou encore, je peux aller dans le circuit de cross-fit que je me suis aménagé dans la partie boisée du parc, là-bas.

Sinon, heureusement qu’on a la possibilité de regarder des opéras gratuitement car dans ma salle de cinéma privée, c’est un vrai bonheur de voir de telles représentations sur écran géant. Et pareil pour les visites virtuelles des grands musées. Je ne sais pas si vous avez déjà pu voir des sculptures antiques à taille réelle sur un écran… Sinon, au niveau nourriture, je me débrouille, les sept congélateurs sont plein de plats faits maison par ma brigade de cuisiniers (hommes et femmes, parité oblige) et ma cave est pleine de bonnes bouteilles. Ma salle de pharmacie est pleine, également. Non, vraiment, à part la solitude subie car je ne vois personne de mon plein gré, ce confinement, quelque part, ça ne me change pas beaucoup de ma vie en temps normal. Je suis juste seul.