Hier, j’ai évoqué le mucus nasal et aujourd’hui, je voudrais parler des crottes d’yeux (ou crotte d’œil pour Jean-Marie Le Pen) car je suis en pleine période pipi-caca, ça devrait durer deux jours mais pas plus, normalement. Ça me prend, de temps en temps. Et ça disparaît tout aussi vite que c’est venu. À peine le temps de se moucher et hop, je passe et je pense à autre chose. Ça va, ça vient, quoi, en fait.

Et le caca d’œil, c’est étrange mais on n’en parle quasiment jamais. Encore moins que la mucophagie ou la mucophilie. Et moi, j’ai envie de réparer cette injustice. Parce que méconnaître à ce point les chassies (le nom officiel des crottes d’yeux), c’est carrément se moquer des capacités de son propre corps. Et un esprit sain dans un corps sain, comme l’ont dit Juvénal ou Thalès de Milet, j’hésite.

Thalès de Milet n’a rien à voir avec Vénus de Milo qui elle, aurait plutôt dit : « un esprit sain dans un corset » mais en se voyant telle qu’elle était sculptée, les bras lui en sont tombés et comme l’a dit Omar Sy : pas de bras, pas de chocolat. Pas de bras, pas de crotte en chocolat. Ni de chassie. Et voilà comment on retombe sur ses pieds quand on est souple et qu’on s’était bien écarté du sujet.

Une chassie (il n’y en a souvent qu’une par œil et le pluriel ne vaut que parce qu’on a deux yeux), ce n’est rien de plus que ce qu’a produit l’œil quand il est en mode auto-nettoyage souvent pendant la nuit. Car les heures creuses sont moins chères mêmes pour nos globes oculaires. Pas que pour les appareils ménagers comme les lave-linges ou les lave-vaisselles. Les lave-linges et les lave-vaisselles.

Et de quoi se compose une chassie ? Une chassie se compose de toutes les saletés et les cellules mortes qu’évacue l’œil à travers les larmes, du mucus et les enzymes présentes dans les sécrétions biologiques qui tuent les bactéries, les fameux lysozymes. Pendant la nuit, les glandes lacrymales produisent moins d’eau salée alors que le reste travaille toujours. Et ça s’accumule et ça sèche.

Mais ça ne s’accumule et ça ne sèche pas n’importe où, non, ça s’accumule et ça sèche au coin de l’œil et au réveil, quand on se voit dans la glace, ou plutôt, quand on s’aperçoit dans le miroir, on ne voit rien car on n’a pas encore mis ses lunettes sur son nez. Mais si on y regarde de plus près, alors là, oui, on voit des petites crottes sèches qu’il faut délicatement retirer avec l’ongle de l’auriculaire.

Je précise qu’il faut procéder délicatement car l’œil est un organe fragile mais surtout très utile. Et pas seulement parce qu’il permet de voir, d’y voir clair et même de voir au-delà mais aussi parce qu’il permet de ne pas tout payer. Parfois, quand c’est gratuit, on dit qu’on a eu quelque chose à l’œil. « Oh les jolies crotte d’yeux, tu les as payées cher ? » « Non, je les ai eues à l’œil ! » CQFD. Pas mieux.