À force de bruits et de chuchotements, j’ai soudain eu besoin de silence. Un besoin impérieux. Et j’ai décidé de partir à sa recherche. Je suis parti si lent vers un silence. J’ai essayé de ne pas me laisser distraire ni envahir par toutes ces rumeurs environnantes. J’ai essayé de ne pas sortir du droit chemin que je m’étais fixé car mon objectif, des plus louables même si nécessaires, n’était à l’évidence pas si simple à atteindre. Et j’ai parcouru un long chemin parsemé d’embûches. Et j’ai rencontré différentes sortes de silences sans qu’aucun ne me séduise. J’avais envie, j’avais besoin d’un silence parfait, d’un silence le plus profond et le plus absolu possible. Pas un de ces silences de pacotille sont se satisfont les gens qui ont peur d’un monde sans aucun son, même sans musique.

Et comble de l’ironie, moi, l’apostat, je suis entré dans une église afin d’essayer d’y entendre ces silences dits religieux. Je n’ai pas l’habitude des lieux de culte sauf quand je suis en mode touriste. Et là, même dans la pénombre de cette cathédrale, dans laquelle je suis entré, j’ai entendu un ronron, peut-être celui du dehors, entrecoupés de quelques pas, peut-être une dame qui s’en est venue pour brûler un cierge ou d’un bedeau venu voir si je n’étais pas entré pour de mauvaises raisons. Mais ce silence-là ne m’a pas convenu. Préférant la lumière du jour, j’ai quitté celle, divine, qui ne m’éclaire jamais, en suis-je désolé ? Ce n’est pas la question. Et juste après, tranquillement, je suis allé dans le cimetière voisin. Là, oui, il y avait un certain silence. Dans lequel des piafs avaient décidé de chanter.

Comprenant que même-là, dans un tel lieu de recueillement, je ne trouverai pas non plus le silence de mes rêves puisque j’étais entouré d’un silence de mort, j’ai réalisé que j’avais envie de silence mais pas de tristesse. Pourrais-je définir mon besoin comme celui d’un silence heureux ? Je suis lentement reparti en me triturant l’esprit. Finalement, j’ai abouti dans une zone industrielle, à l’heure où les ouvriers sont tous rentrés chez eux et là, ce silence de plomb qui m’y a accueilli m’a semblé bien froid. Je n’avais pas envie de frissonner. J’avais juste envie qu’on me laisse tranquille sous un soleil calme. Pas envie d’un quelconque mutisme, juste d’un soupir de mime. Juste envie de laisser mes oreilles se remettre de tout. Et fermer les yeux. Si lent, si lent, silencieusement. Si lent, si lent…