Il est difficile de se faire entendre, dans un brouhaha, un crépitement tumultueux. Il est difficile de tenter de faire porter sa voix quand celle-ci n’a pas la hauteur nécessaire. Et quand on sait que quel que soit le silence qui nous entoure, ce dernier ne peut pas être parfait. Un silence absolu, ça n’existe pas. Il y a toujours forcément quelques ronronnements peut-être indécelables pour une oreille non avertie. Il y a toujours des pétillements, des bourdonnements et des grésillements. Ça n’a l’air de rien mais c’est présent. Et c’est quand on aimerait qu’on respecte notre besoin de silence qu’on entend tous ces bruits, petits ou pas, du quotidien qu’on pense ne jamais entendre. Les écouter, c’est les faire vivre. C’est leur donner du corps. Et une présence parfois pesante. Voire assourdissante.

C’est comme les battements de notre cœur. Quand on aimerait qu’ils soient discrets, on n’entend qu’eux et alors, il nous devient impossible de passer inaperçu. Ils retentissent dans une espèce de vacarme insupportable. Et le sang dans nos veines qui gargouille… Imaginez, la nuit, quand on vient de se réveiller et qu’on n’arrive pas à se rendormir. On entend tous les sons de notre propre corps dans une espèce de résonnance qui va vite devenir obsessionnelle. Des glouglous, des craquements, des sifflements, des ronflements, des battements et tant d’autres qu’il est impossible de tous les citer. Ah si, chez moi, en plus, des grincements. Mais je fais avec. Je ne vais pas m’enfiler des boules Quies pour autant. J’ai l’habitude des chants et des murmures de mon propre corps, surtout la nuit.

Et quand j’ai la migraine, comme hier et que j’ai besoin de calme, je ne le fais pas exprès mais on dirait que mon oreille s’affine et entend beaucoup plus de bruits qu’en temps normal. Des chuintements, des hurlements, des pétarades… tout ce que la ville me renvoie dans la boîte crânienne. Comme si c’était la fête foraine autour de moi. Sans oublier les rumeurs et le barouf inhérents à la vie citadine. Et que dire des clappements, des crissements et des déflagrations qui viennent de la rue, tout simplement de la rue. Tout ça, c’est la preuve que je ne suis pas sourd mais j’ai peur que ça me le fasse devenir. Et ce tumulte dans mes pensées. Heureusement, il y a tous ces mots doux que j’ai envie de te dire à l’oreille. Que j’ai envie de te chuchoter. De te susurrer. Chut…