Et si tu n’existais pas, ma foi, est-ce que j’aurais pu t’inventer ? Oh, je n’ai rien d’un savant dingue, je n’ai rien d’un docteur es création d’être humain et contrairement aux apparences, je n’ai rien d’un Dieu générateur de vie. Oh, j’aurais pu t’inventer dans mes rêves des plus sages aux plus fous et j’aurais collé l’image idéale que je me serais faite de toi dans ma boîte à fantasmes, dans laquelle il y a des reliques de toutes mes précédentes amours (je parle de celles qui ont compté mais pas que…)

Et si tu n’avais pas existé, est-ce que j’aurais su seulement t’inventer comme tu mériterais de l’être ? Est-ce que j’aurais su seulement t’inventer à la hauteur de l’amour que j’aurais forcément ressenti pour toi ? Est-ce que les choses ne se seraient pas faites tout simplement parce que ça aurait été toi. Parce que ça aurait été surtout toi et parce que ça aurait été un petit peu moi aussi. Et probablement que tu aurais eu le visage de l’amour parfait, tu aurais été à l’image de ce que j’attendais encore.

Et si tu n’existes pas ? Comment puis-je bêtement imaginer une telle chose un seul instant. Si tu n’existes pas, je n’existe pas non plus, l’un ne pouvant pas aller sans l’autre. Jamais. Impossible. Chimérique. Inconcevable. Odieusement insupportable. Jamais une telle idée n’aura été aussi saugrenue et jamais une telle pensée n’aura été aussi vaine et inutile. Parce que la vie sans toi, ça n’est pas la vie. Ni la vraie vie, ni celle dont j’ai toujours rêvé. Alors, tu ne peux qu’exister. Sinon…

Si tu n’avais pas existé, j’aurais été comme amputé. Amputé d’un membre actif, peut-être d’un organe. Certainement d’un morceau de mon cœur. J’aurais été bancale. J’aurais boité et les autres se seraient moqués de moi car les autres sont toujours méchants envers ceux qui ne sont pas dans le rang. J’aurais été mis à l’écart. On m’aurait montré du doigt. J’aurais baissé la tête et donc, le regard. J’aurais vécu en regardant mes pieds. Je n’aurais plus su qu’il y avait un ciel et du soleil et des étoiles.

Si tu n’existais pas, même Joe Dassin n’aurait pas chanté mon manque de toi. Personne n’aurait jamais pu écrire des chansons d’amour car l’amour lui-même n’aurait pas survécu à ta non-existence. Il n’y aurait plus aucun poème car aucun vers, libre ou non, ne rimerait plus à rien. Et si tu n’existais pas n’était qu’une vague probabilité créée par mon inconscient les jours de misère, les jours de jachère mais heureusement, je sais que toi, tu existes, tu es quelque part, jamais très loin de moi.