Hier, en fin d’après-midi, il y a eu un moment où on ne savait plus s’il faisait jour ou s’il commençait déjà à faire nuit. Comme si les deux hésitaient à prendre la place, à s’installer, à partir ou à rester. À se décider. Le jour se demandant s’il ne pourrait pas en profiter encore un peu tant que la nuit ne serait pas prête à trouver un bon endroit pour y passer la sienne. Et la nuit, hésitant à venir passer du temps ici, sous un ciel déjà bien trop gris, bien trop lourd, à subir toute cette humidité environnante. Franchement, pour la nuit, il fait un temps à ne pas coucher dehors et pour le jour, c’est encore pire car je crois que le jour a peur du noir et la nuit, aime bien prendre sa revanche sur son rival, le soleil.

Et moi, dans tout ça, dès 17h, j’ai allumé la grande lampe halogène du séjour et la petite de mon bureau, dans la même pièce car j’avais besoin d’artifices pour y voir la vie de plus près, droit dans les yeux. Évidemment, c’est moi qui ai baissé les miens en premier car je n’ai aucun courage. Et parce que je suis intimidable. Et moi, quand la vie me regarde sous une lumière électrique, je ne suis pas capable de soutenir. Allez donc savoir, si j’avais laissé la pénombre s’installer, si j’aurais été capable de défier ma vie ? Allez, tope là, ma vieille et fous-moi la paix un moment et moi, je te laisserai tranquille aussi. Chacun chez soi et les moutons seront bien gardés. Mais ça ne s’est pas passé ainsi.

J’ai mis un temps fou à me mettre à faire quelque chose d’autre que traînailler sur le canapé. Que rêvasser à des « hier » qui chantent parce que les lendemains, bof… Et quand j’ai de nouveau osé jeter un œil dehors, j’ai vu que c’était la nuit qui avait gagné le bras de fer contre le jour. Et avec ce début de ténèbres, j’étais devenu incapable de savoir s’il pleuvait encore et toujours. Incapable de voir s’il y avait un peu de vent. Incapable de réaliser qu’il y avait un autre univers, dehors. Je suis subitement devenu seul au monde. Sans le plaisir que ça me procure, le matin quand que je vais voir le jour se lever. Hier soir, c’était comme une fin d’épisode. Quelque chose qui m’a laissé sur ma faim.