À voir tant de gens qui dorment et s'endorment à la nuit / Je finirai, c'est fatal, par pouvoir m'endormir aussi / À voir tant d'yeux qui se ferment, couchés dans leur lit / Je finirai par comprendre qu'il faut que je m'endorme aussi…

J’ai fait un rêve génial : j’ai rêvé que je dormais ! C’était fabuleux : j’ai dû me coucher de bonne heure, comme d’habitude car moi aussi, longtemps, je me suis couché de bonne heure et j’ai aimé, vraiment aimé me coucher de bonne heure car j’aime aussi me lever tôt et profiter de ces matins calmes quand les autres dorment encore et quand leurs lits soupirent à force de draps froissés. Dans mon rêve, donc, je me suis réellement couché de bonne heure, probablement avec quelques poules et j’ai fermé les yeux et je me suis assoupi et je suis tombé dans les bras de Morphée. Et je suis resté longtemps dans cette inconscience qui nous aide à nous réparer et à nous remettre de nos émotions.

À force de compter les moutons qui sautent dans mon lit / J'ai un immense troupeau qui se promène dans mes nuits / Qu'ils aillent brouter ailleurs, par exemple, dans vos prairies / Labourage et pâturage ne sont pas mes travaux de nuit…

Je n’ai jamais de problème pour trouver le sommeil c’est juste qu’une fois que je l’ai attrapé, il m’échappe, il s’échappe de mes mains et j’ai du mal à le récupérer sauf, éventuellement, en pointillés, en alternance, en zig et en zag. Et dans mon rêve, je n’ai pas eu à me lever pour aller faire pipi. Ni pour regarder l’heure. Ni parce que quelques noctambules alcoolisés avaient envie de crier au monde qu’il faisait nuit et qu’ils étaient heureux d’avoir bu. Ou qui avaient envie de se taper dessus car, probablement, l’un d’eux a pensé qu’ils ne faisaient pas assez de bruit. Et je n’ai pas eu à mettre mon tracassin en route car dans mon rêve, je l’avais revendu sur le Bon Coin, mon tracassin.

Sans compter les absents qui me reviennent dans mes nuits / J'ai quelquefois des vivants qui me donnent des insomnies / Et je gravis mon calvaire, sur les escaliers de la nuit / J'ai déjà connu l'enfer, connaîtrai-je le paradis?...

Dans mon rêve, je ne sais pas, je ne sais plus si j’ai bougé pendant mon sommeil. Je ne sais pas, je ne sais plus si je me suis tourné dans mon lit. Je ne me souviens pas, je ne me souviens plus que mon sommier à couiné et mon oreiller n’était pas aplati comme parfois, au point que je doive me le tapoter et ça me réveille un peu plus que prévu. Dans mon rêve, j’ai dormi, tout simplement. J’ai rêvé que j’ai dormi et surtout, que j’ai bien dormi. Et c’est étrange que je m’en souvienne, de ce rêve. Peut-être parce qu’il était exceptionnel. Sans doute parce que c’est l’un des plus beaux rêves de ma vie. À part toi. Et certainement que toi aussi, tu étais dans mon rêve. C’est pourquoi j’ai bien dormi.

À voir tant de gens qui dorment et s'endorment à la nuit / J'aurais fini, c'est fatal, par pouvoir m'endormir aussi / Mais si s'endormir c'est mourir, ah laissez-moi mes insomnies / J'aime mieux vivre en enfer que dormir en paradis…