Hé, tout le monde, là, oui, tout le monde, là, tous ceux à qui je parle et que je montre de mes dix doigts à la fois parce que je n’en ai pas plus, sinon, je me serais servi de mes vingt doigts. Voire de mes trente doigts. Sans compter ceux que je n’ai jamais déclarés au Fisc. Alors donc, je disais que vous tous, là, tous ceux qui vivent chez moi, président compris et moi compris, puisque nous ne sommes que deux à temps plein et accessoirement quatre, quand de la famille ou des amis viennent dormir dans la chambre d’amis mais qui est vide depuis la mi-décembre, alors, vous tous, là, le président et moi, surtout le président, d’ailleurs, parce que de nos jours, quand il faut un coupable, mieux vaut désigner le président en fonction, ça reste la meilleure solution à tous les problèmes.

Qui a mangé le reste de foie gras ? Qui a mangé tout le foie gras ? Tout le foie gras qui restait ? Alors, président ? Qu’as-tu à dire pour ta défense, comme j’aurais pu le demander à un éléphant ? Ce n’est pas toi ? Oui, c’est facile de dire ça mais moi, je sais ce que je sais et je sais ce que je dis et je dis ce que je sais. Avant-hier, il me restait un dernier morceau de foie gras, celui que j’ai fait cuire le 14 décembre et que j’ai conservé comme il se doit, entre neuf et onze jours, soit une bonne dizaine, si je compte bien et que je comptais finir dans le week-end car il paraît qu’il faut le manger dans les trois semaines. Alors, président, n’aurais-tu pas, à mon insu, plongé le nez, les mains et un couteau dans le réfrigérateur et n’aurais-tu pas pioché dans les toasts briochés qui me restaient, dans la panière ?

Pardon ? Tu ne grignotes jamais entre les repas ? Et nous avons déjeuné au restaurant hier midi, oui. Donc, comme nous n’en avons pas mangé hier soir ni avant-hier soir, du foie gras, et comme il n’en reste plus, ce matin et qu’ici personne n’en prend au petit déjeuner, il y a donc un mystère. Et qu’on ne me dise pas que c’est la petite souris qui est venue le voler. Non, non, non, il ne faut pas me prendre pour un imbécile. Ni une courge. Ni une dinde. Il restait du foie gras, avant-hier et il n’y en a plus, aujourd’hui. Je ne vais pas me ridiculiser en allant porter plainte mais quand même, il y a un problème ou je ne m’y connais pas. Pardon ? Que dis-tu, président ? Que ça doit être moi ? Non mais franchement, si c’était moi, je ne serais pas en train de me plaindre. C’est du grand n’importe quoi.