Décidément, ce proche passage à la soixantaine suscite bien des commentaires. Comme quoi, ce ne sont pas forcément les grands sujets de société qui déchaînent les passions (les passions ? En ce qui me concerne ? Suis-je sûr de moi ?) mais je remarque, avec un certain plaisir (pour ne pas dire un plaisir certain) que la date bien secrète de mon anniversaire fait qu’on s’interroge, qu’on s’inquiète de la rater, qu’on est prêt à aller jusqu’à m’offrir du chocolat comme si ça allait être un cadeau empoisonné pour moi. Certes, il fut un temps, que seuls les plus de vingt ans et Mymy connaissent où, jeune employé chez Scaïb, à Rungis, on m’offrait des chocolats ou carrément des boîtes parce que personne ne savait encore que ça m’embêtait plutôt qu’autre chose. Et je disais non, poliment.

À l’époque, je disais non poliment car je ne savais pas faire autrement. Jusqu’à ce que certaines gourmandes me demandent de me servir et de leur donner. Et jusqu’à ce que je m’affirme un peu et que je dis : « Si vous voulez me faire plaisir, offrez-moi plutôt une botte de radis ! » Et l’année suivante, j’ai eu ma botte de radis pendant les fêtes de fin d’année, de la part d’un fournisseur qui avait le sens de l’humour mais pas celui de l’écologie. Il faut reconnaître, à son esprit défendant, que l’on ne se préoccupait pas d’acheter des produits de saison ni des produits locaux, alors… Bref, on m’en a même offert lors de Noëls en famille, des boîtes de chocolat. Comme si ça coulait de source que je ne pouvais pas faire autrement qu’aimer ça. Et moi, j’ai toujours aimé faire autrement.

Donc, pour en revenir au commentaire d’une certaine personne que j’aime bien (même si je ne la connais pas) dont je tairai le nom pour ne pas lui porter préjudice mais je vais quand même vous donner un indice : son pseudo commence par JA et finit par NY et ne compte que ça lettres en deux syllabes sans tiret… Pour en revenir à ce commentaire dans lequel la personne mystérieuse me dit qu’elle a trouvé un cadeau pourri à m’offrir pour se venger de l’avoir fait chercher comme une malade la date de mon anniversaire : du chocolat ! Eh bien, chère incognita, sachez que ce n’est pas un cadeau pourri car, au pire, je peux l’offrir de nouveau à quelqu’un d’autre et encore plus au pire, ce qui serait terrible, ce serait que vous me forciez à le manger, ce chocolat et là, ce n’est pas gagné.