Ce fut comme un orage affectif, un déluge d’amour et j’en ai pris plein le cœur. Quand nous nous sommes (enfin) retrouvés ensemble, comme si c’était une première fois. Comme si c’était la première fois. Avec toi, c’est toujours la première fois, comme le chantait Serge Lama : « Ne t’en fais pas, non ne t’en fais, c’est toujours comme ça, la première fois ; d’abord on ne dit rien puis on se dit tout, on a peur des chiens et on a peur du loup… » Mais moi, je n’ai eu peur ni des chiens, ni des loups et encore moins quand on sait que c’est une chatte sur moi brûlant que j’ai découverte. Je l’ai apprivoisée. Nous nous sommes regardés. Sans méfiance. Avec intensité. Avec tant de non-dits. C’est tellement plus simple de te parler à l’oreille quand tu me tournes le dos…

On n’est pas sérieux quand on a 17 ans, comme l’a si bien écrit Rimbaud : « Nuit de juin ! Dix-sept ans ! - On se laisse griser, la sève est du champagne et vous monte à la tête... On divague ; on se sent aux lèvres un baiser qui palpite là, comme une petite bête... » Peut-on être plus sérieux quand on va avoir soixante ans ? Oui, parce que l’âge n’est que dans la tête et l’amour n’est que dans le cœur. Un cœur n’est jamais vieux quand il est encore capable d’aimer. Alors, tous les espoirs sont permis. Et qu’on me pardonne ces mariages hasardeux, mêler Serge Lama et Arthur Rimbaud dans un même texte. Mais que voulez-vous, on n’est pas sérieux quand on va avoir 60 ans. On se laisse quand même griser parce que nul n’est à l’abri d’un élan du cœur. Et la chatte, sur moi brûlant ?

La chatte sur moi brûlant s’est installée et a fait son nid comme on se couche. Pour un peu, je l’aurais adoptée et je l’aurais emmenée chez moi. Sans Tennessee Williams, je ne l’aurais jamais caressée, cette chatte au poil soyeux et fin. Et je ne me serais pas souvenu de Margaret : « Ah, vous autres, hommes faibles et merveilleux qui mettez tant de grâce à vous retirer du jeu ! Il faut qu'une main, posée sur votre épaule, vous pousse vers la vie... Cette main tendre et légère... » Tu me rends lyrique, chatte. Tu me rends brûlant. Oui, tu donnes de la légèreté à tous les instants passés avec toi et tu donnes de la profondeur à ma vie. Je crois que… Je pense que… Je me dis que… Par pudeur, j’attendrai que tu me tournes une nouvelle fois le dos pour terminer ma phrase.