Depuis avant-hier, je forme un petit jeune pour la promenade des chiens du soir. Normalement, je n’y allais que le dimanche matin pour accompagner le patron car les autres matins, une jeune fille a l’habitude de venir et le soir, c’est le patron qui s’en occupe. Mais là, depuis une bonne dizaine de jours, le patron (trois fois dans le même paragraphe ! Quand je vous dis que j’ai le sens de la répétition !) est malade et du coup, c’est moi qui m’y colle. Bon, quand il ne pleut pas, ça va, même si je patauge pas mal dans la gadoue pour suivre les deux toutous. En revanche, quand il pleut ou quand je ne suis moi-même pas très en forme, autant vous dire que ça relève de la corvée. Et là, la jeune fille du matin a proposé son petit copain pour le soir. Alors, depuis hier, nous y allons tous les quatre, les chiens, Raphaël et moi. Et hier, je l’ai vouvoyé alors qu’il n’a pas vingt ans. Aujourd’hui, je l’ai tutoyé.

Ça m’a rappelé quand on me demandait si je voulais bien dire « tu » à quelqu’un. En général, je répondais toujours (parce que je trouvais ça drôle et même encore maintenant) : « D’accord, mais je vous préviens, je ne tutoie que les gens avec qui je couche ou avec qui j’ai couché. Sinon, non. Non, je crois que je me suis trompé, ce qui n’est pas anormal vu que je ne suis pas au meilleur de ma forme, en ce moment (malgré les apparences) : je ne couche qu’avec les gens que je tutoie… Non plus. Je ne tutoie les gens que quand je couche avec eux…  Ah, encore non ! Je ne touche que les gens que je côtoie… Non, ça n’est pas ça non plus. Évidemment, je ne passe pas mon temps à coucher avec tous les gens que je connais. Ou que je croise… Laissez-moi réfléchir un instant : je ne couche que quand j’ai envie de toi ? Non.  Je suis sous le toit quand je couche ? Non plus.

Coucouche panier, toi, toi, mon toit ?... Ah zut, ça ne veut pas venir. Ça ressemble vraiment à une panne un peu dérangeante quand elle survient dans un moment intime. J’ai presque besoin de me justifier, ce matin : je te jure que c’est la première fois, ça ne m’arrive jamais. Ne t’en fais pas, ce n’est pas grave, ça peut arriver. Oui, mais si vous voulez, on peut coucher ensemble, c’est toi qui vois. Non. On peut se tutoyer, si vous voulez, on n’est pas obligé de coucher tout de suite ensemble. Vous pouvez me dire tu, si tu veux coucher avec moi. Ah, là, je sens que ça vient, on s’approche de ce que je voulais dire. Parce que moi, je le sais, ce que je veux dire. Et j’aimerais tellement que les choses soient claires pour tout le monde. Surtout pour vous. Enfin pour toi. Ben oui, parce que comme on a couché ensemble, je ne vois pas pourquoi on ne se tutoierait pas ? Ah, ça y est, c’est ça. Enfin.