Dimanche matin, il pleut. Je ne le vois pas mais je le sais. Il fait encore nuit mais comme il est très tôt, la ville est silencieuse et je peux entendre la pluie qui continue de tomber et le vent qui continue de souffler. On ne lui a pas dit que souffler n’est pas jouer et donc, il fait le malin, là. Il joue un peu au kéké avec ses gros bras et ses grosses joues joufflues car il sait que tout le monde a peur de lui mais en réalité, c’est du vent, tout ça, ce n’est que du vent et si on y regarde de plus près, ça ne tient pas la route. Quoiqu’il en soit, ce n’est pas encore l’heure de l’aube et je sais qu’il pleut, qu’il vente, qu’il mouille, que c’est la fête à la grenouille. Je le sens, tout ça, je le sens et je le sais. Je n’ai pas besoin d’aller dehors pour en avoir la preuve.

Je suis là, je ne sais pas si je peux dire au chaud, dans mon séjour. Dehors, tant de gens dorment encore, les chambres sont pleines de soupirs et de ronflements, je suis un des rares au monde à être déjà levé et je suis devant mon ordinateur, là, bêtement, devant l’écran, en train de me dire que je devrais être capable d’écrire quelque chose car chaque jour, c’est un peu comme ça que ça se passe. Qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il fasse beau. Rares sont les fois où je sais à l’avance de quoi je vais parler mais là, aujourd’hui, je suis un peu couillon car, pour une fois, j’ai peur de sécher. Un comble quand on sait que je pourrais sécher malgré toute l’eau qui tombe de là-haut, du ciel et même des cieux. Je pourrais manquer d’inspiration.

Peut-être en ai-je trop fait, hier ? Peut-être suis-je épuisé, ce matin ? Peut-être que ma nuit n’a-t-elle pas été assez longue ?… Allez donc savoir où se niche la vérité. Je ne sais pas quoi dire. Comme si on m’avait coupé le sifflet. Comme si on avait dilapidé toute ma fortune d’idées et de mots. Mais au fond de moi, je sais que non, ce n’est pas grave, c’est juste que je dois être mal réveillé, ça va revenir dès que je serai sûr de rester debout ou assis. Dès que j’aurai accepté ma condition de lève-trop-tôt. Et puis, il va falloir que je n’oublie pas que tout à l’heure, les chiens m’attendront pour la promenade dominicale. Alors, je vais respirer lentement, manger un morceau et aller faire un gros pipi, peut-être alors que je vais enfin écrire quelque chose, ensuite.