Cette année, plus que jamais, la Toussaint aura été confondue avec les fêtes des morts, le jour des défunts, aujourd’hui. Hier, contrairement à l’imagerie populaire, le premier novembre, c’était un jour qui aurait dû être joyeux. Pour ma part, il n’aura été que grisaille et attente. Et encore, quand je dis attente, je pourrais aussi dire : attente interminable. Il y a des jours, comme hier, où le temps semble avoir suspendu son vol alors que non, c’est juste qu’il a tourné au ralenti comme certaines scènes de certains films. J’aurais pu croire que c’était pour mieux en apprécier les saveurs mais non, hier était un jour fade et morne. Un jour d’une tristesse infinie avec un ciel plein de nuages bas et humides. Cinquante nuances de gris au-dessus de nos têtes. Et cette impression étrange, bizarre de se croire dimanche. Normal, un jour férié, ça fait toujours cet effet-là, en semaine. Même quand on ne travaille pas.

Une journée passée sous l’attente alors que le temps ne s’y prêtait pas du tout. Une journée à s’impatienter jusqu’à aujourd’hui, samedi, jour espéré comme une espèce d’étoile inaccessible, celle de la promesse de se revoir. Depuis que j’ai su que nous pourrions passer un moment ensemble, cet après-midi, depuis quatre ou cinq jours, je ne tiens plus en place. J’ai tant espéré que ce moment arrive. Je ne me souviens plus depuis quand nous ne nous étions pas vus (si, en réalité mais je fais semblant de ne pas me le rappeler) mais je savais au fond de moi que l’intervalle entre la dernière fois et cette fois-ci serait comme une sorte d’éternité. Une petite éternité mais une éternité malgré tout. Je suis très primaire, dans ce genre de situation : j’ai envie alors, j’ai hâte. Un peu comme quand on a faim, alors on mange. On a soif, alors on boit. Là, j’avais très envie qu’on passe un peu de temps ensemble, de nouveau.

Hier, j’ai attendu, j’ai compté les heures, d’abord, puis les minutes et je n’ai pas pu me concentrer sur quoique ce soit d’autre. J’ai rempli mon temps comme j’ai pu, comme d’autres remplissent leur verre pour les vider car ils ont quelque chose à oublier, quelque chose à fuir ou quelque chose qui les rend triste. Moi, je n’avais que de l’espoir au fond de chaque verre : celui que samedi après-midi arrive. À l’heure où j’écris, je sais qu’il me reste encore quelques petites, longues heures avant que tu… Avant que nous… Mais je n’ai jamais été aussi près de toi. C’est une façon de parler car pour l’instant, nous sommes très loin l’un de l’autre, encore. Mais c’est bon d’attendre, tout compte fait, quand on sait qu’on est presque au bout de cette suspension. Et, sauf imprévu de dernières secondes, normalement, tout  à l’heure… Et contrairement à hier, ce temps que nous allons partager, va passer si vite, si vite, si vite…